Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

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Maïwenn
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Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by Maïwenn » 02 May 2011 14:51

Ce titre n'est pas extrait d'une pièce de théâtre absurde, ce sera mon travail dès la semaine prochaine... En français et en anglais.

Dans la plupart des écoles thaïes, 50 c'est le nombre normal d'élèves dès le primaire. Évidemment c'est beaucoup trop, surtout quand on nous demande de faire parler les élèves. Les élèves, parlons-en justement. Je vais enseigner en M2 pour l'anglais, c'est à dire l'équivalent de la 4ème (2ème année de secondaire en Belgique, au Québec je ne sais pas comment on compte). Mais pour la maturité des jeunes, il vaut mieux tabler sur niveau CM2 (fin de primaire). Pour le français, ce sera niveau seconde.

Je ne suis pas naïve, je sais bien que des vrais cours de conversation sont complètement impossibles. Je ne pense pas pouvoir les faire travailler beaucoup par deux ou par groupes, ils n'ont pas la maturité nécessaire, et 50 personnes qui parlent en même temps dans une salle de classe, c'est trop ! Une partie du cours sera sur la compréhension orale, c'est plus facile à gérer. Mais je dois aussi proposer des activités participatives. Je serai obligée de passer par l'écrit si je veux que tous les élèves soient mobilisés en même temps, mais tant pis...

Et voilà l'objet de mon message : avez-vous des idées d'activités adaptées à des classes et des élèves de ce genre ? N'ayez pas peur de proposer des trucs qui semblent gamins, je compte les faire découper, colorier...

Les non-profs peuvent répondre aussi, je prends toutes les idées ! :)
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Sisyphe
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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by Sisyphe » 02 May 2011 16:16

Au-delà de 35, de toute façon, c'est bruyant même quand ils se taisent tous. 35 stylos qui grattent, 35 chaises qui couinent, 35 trousses qui zippent, 35 nez qui reniflent, 35 paires de poumons qui respirent, bref : 35 corps qui vivent.

À cinquante, j'ose pas imaginer. Laisse tomber la science pour l'instant, ton premier objectif pédagogique, ce sera le contrôle du bruit... Demande-toi d'abord comment à chaque instant, tu vas faire pour contrôler ce corps mouvant :
- Comment tu vas les accueillir en classe (à ton bureau ? à la porte ? Ca dépend de la configuration de la salle).
- Avec ou sans plan de classe ? Ca dépend des usages locaux, renseigne-toi.
- Comment tu vas contrôler la gestion de leur matériel (à mon commandement, on prend son stylo vert. Aucun élève de 4e ne sait gérer ses stylos, sauf les futures Maïwenn).

Ne commence surtout pas par des activités trop communicatives... Et surtout : ne souris pas au premier cours !
pour l'anglais, c'est à dire l'équivalent de la 4ème (2ème année de secondaire en Belgique, au Québec je ne sais pas comment on compte). Mais pour la maturité des jeunes, il vaut mieux tabler sur niveau CM2 (fin de primaire)
Niveau CM2 "Maïwenn" = niveau CE2 "élève normal".

N'oublie jamais une chose : tu n'es pas normale, tu ne l'as jamais été ! Toi, tu aimais l'école et surtout, tu comprenais à quoi elle servait. Je veux bien supposer que les élèves asiatiques soient culturellement plus calmes, plus silencieux, plus respectueux et plus mieux partout que la moyenne des élèves européens (j'ai des doutes....), il n'en reste pas moins que, intrinsèquement, en quelque endroit de la galaxie, l'élève normal
a) N'a pas envie d'être là.
b) Ne sait pas pourquoi il est là.
c) Ne comprend pas.
d) Ne sait pas.
e) Ne travaille pas.
f) Parle, bouge, fait de bruit ; bref : existe.
Ce n'est pas de la médisance ou du rejet, c'est le point dont il faut partir si l'on veut être un bon prof, et éviter la dépression nerveuse.

*

Suis pas prof de langue vivante, mais la discussion entre élèves en langue étrangère me paraît être une illusion de pédago ; même avec des élèves très spontanés, ce n'est pas possible, c'est trop artificiel (j'ai des souvenirs de chahut monstre quand j'étais lycéen sur ce point : pauvre petite prof stagiaire qui faisait ce qu'on lui avait dit à l'IUFM... Mlle A***, même si moi j'ai toujours été gentil, toutes nos excuses quand même) . Alors avec des élèves un peu timorés, ça risque d'être la brisure totale : ils t'en voudront de les mettre dans une situation impossible et ce sera la guerre froide toute l'année. Et au pire, ça va commencer à brouhaher, et tu vas péter les plombs, et ils t'en voudront encore plus.

Quelques idées (je suppose qu'ils ont déjà deux ans d'anglais ? Adaptable aussi en seconde)
- Le premier cours, il faut impérativement que tu le fasses en "chef d'orchestre" : tu poses une question, ils répondent tous à l'unisson (genre pédogogie de l'objet : tu tends une pomme, "What kind of fruit is this", le lunetteux du premier rang te répond "appeul", et tu corriges "this is an apple" et ils répètent tous "zis ij an apeul" et tu reprends "this is.." en montrant bien tes jolies dents, et ils essaient. Pédagogie très vieillote, du moins en France, sans toute peu efficace linguistiquement, mais pas mal pour créer une ambiance de classe. Et surtout : tu as le contrôle total (prépare tes "gestes de chef d'orchestre", que le code soit clair entre toi et eux : bruit/silence/bruit/silence/etc.")

- Fichette autoprésentée : dix minutes pour remplir une petite fiche préparée par tes soins et avec le moins de choses à remplir (des 4e, ce sont des tricycles : ils ne peuvent aller ni très vite, ni très loin, même avec la meilleur volonté du monde, surtout dans une langue étrangère).
"My name is..." (pas plus d'un mot en anglais)
"I am ... year old
"I come from..."
Auparavant, tu as toi-même renseigné l'équivant rétroprojeté (ou préparé d'avance au tableau*) en faisant bien l'actricte au tableau et en répétant ("I come from Brittany in France", et là tu montres bien clairement : la France, le drapeau français, la Bretagne bien isolée et bien visible sur une carte gigantesque).
Dès que le remplissage est fini (n'attend pas les plus lent, commence dès que 60% de classe semble avoir terminé, ne reste surtout pas collée à ton bureau à ce moment-là : contrôle, contrôle, contrôle...), tu en interroges : d'abord sous la contrainte (en ayant déjà repéré les gentils-fayots-qui-savent pendant qu'ils écrivaient), et enchaîne avec un "Someone else ?"... Si tu as réussi à les séduire, t'auras toujours un volontaire, ou un demi-volontaire (le qui te regarde férocement mais qui n'ose pas lever sa mimine... J'adore).

*Ah oui, n'oublie pas : comme dans Scream ou à la chasse au tigre : NE TE RETOURNE PAS !

- Au 2e ou 3e cours, enfin que tu es sûre de les "avoir" à peu près tu peux commencer à diviser la classe (mais sois SÛRE des possibilités géographique de ta salle : le contrôle, toujours le contrôle)... Tu fais de l'interraction avec 25 (c'est horrible mais faisable : ça fait deux minutes par élèves en une heure) pendant que les 25 autres préparent individuellement un truc, avec un rendu oral potentiel (du genre : colorier un truc selon des consignes en anglais, texte à trou (un schéma général de trois ou quatre prépositions spatiales simples, et ensuite "the kitchen is ... the bathroom", puis lors du rendu oral, ils doivent venir présenter mais sans la feuille avec les réponses et debout devant les camarades).

- Tu peux terminer ou commencer par des interros-terreurs qui reprennent le cours précédent (en classe complète) : tu commence une phrase "the bathroom is...." et là, à l'ultime seconde, tu pointes un doigt cruel vers n'importe quel élève dans la salle qui doit terminer. Pendant cinq-six minutes, ils seront angoissés et donc concentrés ("mon Dieu pas moi mon Dieu pas moi mon Dieu pas moi....) ; au-delà, ils seront révoltés. Mais ça fait un "temps de classe" clair - et si tu en fais un rituel, à la fin de l'année, ils te le réclameront.
Petit plus Sisyphe : si tu as le droit de noter les élèves, tu peux nommer un "secrétaire aux notes" pendant que tu fais tes interros-terreurs. Ou mieux : deux (pour éviter les contestations). Dès que l'interrogé a émis sa réponse, bonne au mauvaise, tu donnes une note ("B, A, F, F-") et les secrétaires la notent. Bien sûr les secrétaires sont exemptés d'interro, et bien sûr, ils tournent (jamais deux fois le même, mais ça fait toujours deux contents dans la salle). Z'aiment bien qu'on leur délègue une part du puissant pouvoir professoral... Même les emmerdeurs sont flattés (surtout eux d'ailleurs).

Donc, je conclus : le contrôle, le contrôle, le contrôle, le contrôle... Et aussi : les rituels, les rituels, les rituels. Plus ton cours est ritualisé, plus les élèves sauront à quelle sauce ils seront mangés, et ils plus ils y viendront avec un certain calme.

PS : je n'enseigne pas les langues vivantes, donc...

PPS : mon seul cours à 35 me prend 4 heures de préparation : je sais exactement comment chaque seconde doit se dérouler, qui je vais interroger "par hasard", quelle connerie je vais dire pour les faire rire, combien de temps je vais les laisser rire, et surtout, je prévois plusieurs déroulements : s'il me reste X minutes je fais A, s'il ne m'en reste que Y je fais B, s'il se produit l'évènement P1 je fais Q1, si j'ai P2 je fais Q2... En revanche, sur le plan scientifique, je me fais confiance. Tu l'as dit sur ton blog : en français comme en anglais, je pense que tu es meilleure que beaucoup.

PPPS : pas mal, ton ensemble : dans la mesure où ils s'imaginent tous (et surtout toutEs, sans parler des autres accords grammaticaux possibles en Thäilande :lol: ) qu'en France, tout le monde se promène en Chanel, tu te dois d'être très élégante. Les chaussures sont... euh... farfelues, mais ça peut être la "petite touche de fantaisie" qui te fera aimer des élèves. On t'appelera "Mme Chaussures-Rouges" mais c'est un gage de respectabilité. Comme la moustache de Staline ou la verrue de Chirac aux guignols.
La plupart des occasions des troubles du monde sont grammairiennes (Montaigne, II.12)

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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by leo » 02 May 2011 16:38

je suis surement hors sujet, mais je pensais à ce que nous faisions de mon temps :papy: un exposé librement choisi et présenté par un élève suivi d'un débat avec toute la classe...
le Travail c'est bien une maladie, puisqu'il y a une Médecine du Travail (Coluche)

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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by Andergassen » 02 May 2011 16:42

Oui, mais tu vois le tableau avec 50 élèves? :-o
Hues du dann schon gesin, wann ech unfenken blöd ze gin?

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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by Maïwenn » 02 May 2011 17:00

Merci beaucoup pour ton message ! Pour la discipline, j'avais déjà quelques idées (hop, je range le costume Ajarn Maïwenn cool et repasse celui d'Ajarn Maïwenn stricte), mais c'est super d'avoir encore plus d'exemples très précis. Une de mes cousines est instit, et ce que tu dis rejoint tout à fait ce qu'elle m'a conseillé aussi de ce côté-là.

Je reprends quelques éléments de ton message
- Comment tu vas les accueillir en classe (à ton bureau ? à la porte ? Ca dépend de la configuration de la salle).
On n'a pas encore visité les locaux...
- Avec ou sans plan de classe ? Ca dépend des usages locaux, renseigne-toi.
Je pensais les laisser s'installer comme ils veulent, et les déplacer si jamais ils font trop de bruits.
Et surtout : ne souris pas au premier cours !
La Thaïlande n'est pas le Pays du Sourire pour rien, ne pas sourire est quasi-impossible. Mais ! Sourire ne veut pas dire qu'on est heureux et gentil !
N'oublie jamais une chose : tu n'es pas normale, tu ne l'as jamais été ! Toi, tu aimais l'école et surtout, tu comprenais à quoi elle servait.
Je vais détruire un mythe : non, je n'ai jamais vraiment aimé l'école. J'y allais parce que c'était comme ça. Mais j'ai eu l'immense chance d'avoir une bonne mémoire et d'être rapide, ce qui m'a permis de réussir sans efforts.
les élèves asiatiques soient culturellement plus calmes, plus silencieux, plus respectueux
C'était sans doute le cas avant, mais tous les échos que j'ai en provenance du primaire et du secondaire me disent que ça a changé dramatiquement ces dernières années. Mais on n'en est quand même pas à la situation française...
et plus mieux partout que la moyenne des élèves européens (j'ai des doutes....)
Je les partage !!
Suis pas prof de langue vivante, mais la discussion entre élèves en langue étrangère me paraît être une illusion de pédago
D'après mon expérience, ça peut marcher, mais à plusieurs conditions : effectif réduit, prof toujours à l'écoute pour recadrer les changements de langues ou motiver ceux qui traînent, et objectif hyper ciblé, style remplir un questionnaire...
je suppose qu'ils ont déjà deux ans d'anglais

Je ne sais pas trop. C'est seulement leur deuxième année de collège, mais ils en ont peut-être fait un peu en primaire.
dix minutes pour remplir une petite fiche préparée par tes soins et avec le moins de choses à remplir
Malheureusement, ça ne va pas être possible. Je n'avais pas tout dit : j'ai les 13 classes de 4ème soit plus de 600 élèves. Je vais devoir essayer de limiter les documents :( Oui, c'est terrible, des cours à la chaîne, je ne pourrai même pas connaître les prénoms de mes élèves.
si tu as le droit de noter les élèves, tu peux nommer un "secrétaire aux notes"
Je suppose que j'aurai une note à donner à la fin, oui. J'aime beaucoup l'idée des secrétaires, je te la pique !
En revanche, sur le plan scientifique, je me fais confiance
Tu es moi, je suis toi, qui sommes-nous ?
Les chaussures sont... euh... farfelues, mais ça peut être la "petite touche de fantaisie" qui te fera aimer des élèves
Globalement, les Thaïs s'habillent beaucoup plus coloré que les Français. Peut-être moins sur les chaussures, mais elles ne devraient pas choquer. Et puis ce sont des chaussures style petite fille, donc je me rapproche de leur âge mental, même si j'ai malheureusement dépassé la pointure 34 ! ;)

Merci encore !!
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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by Maïwenn » 02 May 2011 17:01

leo wrote:je suis surement hors sujet, mais je pensais à ce que nous faisions de mon temps :papy: un exposé librement choisi et présenté par un élève suivi d'un débat avec toute la classe...
Plusieurs problèmes dans mon contexte :

Pour faire un exposé, il faut être capable de parler dans la langue étrangère. Ce ne sera pas le cas de mes élèves.
Pour participer à un débat, il faut réfléchir, éventuellement avoir une opinion. Ce ne sera pas le cas de mes élèves non plus.
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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by Latinus » 02 May 2011 17:19

Pouar réagir à ton dernier message... A ce niveau, ne faut-il pas commencer par une initiation à la communication avant de parler de conversation ?
Les courses hippiques, lorsqu'elles s'y frottent.

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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by Maïwenn » 02 May 2011 17:22

Latinus wrote:Par réagir à ton dernier message... A ce niveau, ne faut-il pas commencer par une initiation à la communication avant de parler de conversation ?
Tout à fait d'accord ! En fait "conversation" c'est le nom officiel du cours, et je dois donc déguiser mes activités pour qu'elles correspondent plus ou moins. Mais dans les faits, s'ils communiquent avec moi dans la langue voulue, ce sera déjà énorme !
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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by ElieDeLeuze » 02 May 2011 19:48

D'abord, il faut bien que tu comprennes que ta situation est impossible. Il faut donc accepter que l'intitulé du cours sera pour l'éternité une vaste tromperie sur la marchandise, et continuer de son mieux tranquillement.

Pour les élèves asiatiques: ne pas les mettre seuls en face d'un groupe trop tôt. Un bon effet de masse, de beaux moutons de panurges... la force du groupe, profites-en, sinon tu l'auras contre toi. Mais je pense que tu le sais déjà.

Généralité: il n'y a pas de conversation sans contenu. Rassure-les sur le contenu afin que tirer d'eux quelques phrases. Bon courage.
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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by svernoux » 02 May 2011 21:21

ElieDeLeuze wrote:Bon courage.
C'est tout ce que je trouve à dire, alors je répète : bon courage. :sweat:
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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by kokoyaya » 02 May 2011 21:44

ElieDeLeuze wrote:D'abord, il faut bien que tu comprennes que ta situation est impossible.
[...]
Bon courage.
100 % d'accord avec toi :-?

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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by leo » 02 May 2011 22:39

bien, je vais (encore une fois) me faire l'avocat du Diable... j'ai la désagréable sensation de me trouver en face de personnes se trouvant trop parfaites, d'une connaissance infinie, face à des élèves qualifiés arbitrairement de nuls et inéducables... allez, tapez pas, j'ai dit avocat du Diable ! mais il en faut bien un... :-?

j'étais pas obligé de poster celà, sachant bien votre réaction, mais je dois être maso quelque part...
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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by kokoyaya » 02 May 2011 22:48

J'ai du mal à comprendre ton message leo, c'est nous qui nous trouvons trop parfaits avec une connaissance infinie ? :-?

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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by Sisyphe » 03 May 2011 00:07

Alors, toujours annoncer le plan hein ;), donc :

I. Retours sur les propos d'Ellie.
II. Reprise de la discussion avec Maï de façon plus rapide.
III. Réponse à maître Léo, du cabinet Asmodée & Méphistophélès associés.

*

I. Elie

Totalement d'accord sur tout, évidemment.
D'abord, il faut bien que tu comprennes que ta situation est impossible. Il faut donc accepter que l'intitulé du cours sera pour l'éternité une vaste tromperie sur la marchandise, et continuer de son mieux tranquillement.
Un bon prof est un plombier, il faut d'abord que tu apprennes d'où vient la pression (niveau réel des élèves, pouvoir réel de l'administration (qui t'évalue ? Ton proviseur qui passe dans tes classes, à l'américaine ? Un inspecteur sorti de nulle part à la française ? Tes collègues à l'allemande ? Quel est le pouvoir réel de son évaluation ? A-t-il un mot à dire sur tes cours ou pas ? Et la pire de toute : l'autopression !). Ensuite, il faut que tu apprennes à y résister.

Freud disait qu'il y avait trois métiers impossibles : prof, psychanalyste et prêtre. Parce que dans les trois cas, l'idée même de la réussite n'existe pas : l'élève qui a toujours 20, le névrosé qui guérit définitivement, l'humain rejetant le vice et pratiquant la vertu. De rares spécimens s'en approchent (le surdoué, le résilient et le saint), mais ce seront toujours de rarissisimes exceptions, et surtout, ce sont qui n'ont pas besoin de nous, qui d'une certaine manière nous nient (les élèves-chocolats disait D. Pennac).

Donc, je le répète. Ne te fixe pas d'objectif "savant" pour le moment. Ton seul objectif est la tenue de ta classe et la création d'un "groupe-classe" (Ellie le dit avec d'autres mots). Et d'accord avec lui : offre-leur du contenu...

*

II. Retour sur les propos de Maï

Je pensais les laisser s'installer comme ils veulent, et les déplacer si jamais ils font trop de bruits.
Mauvais, tu es dans le curatif. Toujours être dans le préventif.
Bon, c'est sûr qu'à 600 élèves, le plan de classe c'est même pas possible.
Voici l'entrée en cours que je te propose pour la première fois :

A. Toi dans la salle AVANT : idéalement, tu y es depuis vingt minutes, et tu as bien remis les tables à l'équerre (symboliquement très fort...). Si la salle n'est pas libre avant, tu rentres en premier, leur fermes la porte au nez, prends 30 seconde pour t'installer (l'organisation de ton bureau est capitale : tu ne dois jamais chercher un objet).

B. Tu les faits rentrer un par un (casser les groupes), et tu remplis la salle linéairement, comme tu rangerais des chocolats dans une boite, depuis la place A1 jusqu'à la place F8. Tu exigeras un tel mode de remplissage, mais spontané, pour le reste de l'année (éviter absolument la "libre dispersion").

C. Idéalement, ils découvrent sur les tables déjà posé tout ce dont ils vont avoir besoin pour le premier cours : la fiche de renseignement, la fiche-support de l'oral, etc.

D. Les premières minutes sont consacrées à la mise au points des règles minimale. Je veux entendre (de Lyon ! Parle bien fort !) le mot "punition" en thaï dès le premier cours (renseigne-toi sur les usages locaux (en France, par exemple, on ne peut pas accrocher l'élève à un radiateur et le fouetter), et fixe clairement les règles.

=> Tu as montré que c'est TA salle, que TU es la maîtresse des lieux. Sinon, c'est eux qui le feront.
La Thaïlande n'est pas le Pays du Sourire pour rien, ne pas sourire est quasi-impossible. Mais ! Sourire ne veut pas dire qu'on est heureux et gentil !
Tant mieux ! :prof: Tu n'es pas gentille, tu es la prof. Ton absence de sourire paliera d'emblée le handicap que constitue ta nationalité occidentale (je sais pas où tu en es de ta thaïophonie, mais faire de la discipline dans une langue étrangère, c'est toujours dur).
Je vais détruire un mythe : non, je n'ai jamais vraiment aimé l'école. J'y allais parce que c'était comme ça. Mais j'ai eu l'immense chance d'avoir une bonne mémoire et d'être rapide, ce qui m'a permis de réussir sans efforts.
:nono: Quoi que tu en penses, il y a un monde entre TA pratique de l'école et celle de tes élèves. Même si tu CROIS avoir "résisté" extérieurement, même si tu n'as pas été la première (moi non plus...) ni la plus sage (ça, si), tu avais au fond de toi ADMIS le principe de base : le prof en sait plus que moi, en respectant un minimum les codes, je peux arriver à quelque chose dans le futur car le futur existe.
Pour faire un exposé, il faut être capable de parler dans la langue étrangère. Ce ne sera pas le cas de mes élèves.
Pour participer à un débat, il faut réfléchir, éventuellement avoir une opinion. Ce ne sera pas le cas de mes élèves non plus.
Analyse parfaite, totalement d'accord !

*

Encore quelques idées en vrac :
- Un point-grammaire à un moment du cours, avec une fois de plus récitation-moutons dirigée par le chef d'orchestre. Tu peux varier : récitation à l'unisson (toute la classe ânonant : rosa, rosa, rosam, rosae...), et/ou/puis récitation en récitatif linéaire (l'élève A dit rosa, son voisin rosa, son voisin rosam, etc.). Récitation d'un truc écrit au tableau, puis suppression progressive des lignes (je fais comme ça pour les poésie avec les plus petits), ou dos du prof qui masque la leçon après la première récitation, etc.
Ellie a raison : profite du groupe.

- Prépare des jeux de photocopies/dessin (boulot monstre au début, mais facilement réutilisable) d'images stéréotypées avec des variations sérielles :
a) Maison/chat/chien/voiture/bureau/etc/
b) Grand/petit/moyen
c) Rouge/bleu/vert/jaune
(Un truc : dégotte-toi un "qui-est-ce ?" et agrandit les dessins des visages !)Tu les as déjà disposées au début du cours, et après que les points de voc ont été vus, chacun doit dire "mon dessin représente une grande maison rouge", le voisin "mon dessin représente un petit chat noir", etc. : ou en sens inverse : "qui a un chat noir ?" et au signal, ceux qui sont concernés lèvent bien haut le dessin. En cas d'erreur individuelle, tu fais corriger ("this is not a black cat, this is a black..." et ta classe (plus tard, mais pas tout de suite, le fautif seul) beugle "dog", etc.). Tu récupères bien sûr le jeu de photocop' à la fin.

Bref : JOUE sur la dialectique groupe/individu, individu/groupe... Ellie a raison : part du groupe, pas l'inverse.

III. Léo

Bon, en fait, j'ai du boulot là, alors plaidoierie de la défense plus tard, mais j'y pense.

@Ellie : pataper sur Léo, je m'en occupe...
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Re: Enseigner la conversation dans une classe de 50 élèves

Post by Maïwenn » 03 May 2011 03:15

ElieDeLeuze wrote:D'abord, il faut bien que tu comprennes que ta situation est impossible. Il faut donc accepter que l'intitulé du cours sera pour l'éternité une vaste tromperie sur la marchandise, et continuer de son mieux tranquillement.
J'en ai tout à fait conscience. D'ailleurs les intitulés trompeurs, je les connais bien... :roll:

Merci Elie, Sonka et Yaya pour les encouragements :yoda:

Je répondrai plus tard pour le reste, je dois aller faire de la figuration, les parents d'élèves viennent visiter l'école aujourd'hui.
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