[Lat] Omne datum optimum : question

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Le Moine
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[Lat] Omne datum optimum : question

Post by Le Moine » 18 Sep 2019 00:00

Bonjour à toutes et tous,

Dans la bulle pontificale fulminée par le pape Innocent II en 1139 - je vous épargne les origines historiques et le texte complet - voici l'extrait qui m'interroge :
Cum enim natura essetis filii ire et seculi voluptatibus dediti, nunc, per aspirantem gratiam, evangelii non surdi auditores effecti, relictis pompis secularibus et rebus propriis, dimissa etiam spatiosa via que ducit ad mortem, arduum iter quod ducit ad vitam, humiliter elegistis, atque ad comprobandum quod in Dei militia computemini signum vivifice cruces in vestro pectore assidue circumfertis.
Traduction FR de l'un de mes étudiants :
Bien que vous soyez par essence naturelle des enfants violents, s'adonnant aux plaisirs du siècle, par la grâce inspirante vous êtes devenus les auditeurs attentifs de l'Évangile, ayant abandonné l'ostentation temporelle et la propriété privée, ayant en effet abandonné le large chemin qui mène vers la mort, vous avez humblement choisi la dure voie qui mène à la vie, et pour justifier de votre appartenance à la chevalerie de Dieu, vous portez toujours sur votre poitrine le signe de la croix vivifiante.
J'ai un problème de correction. Double question :

- Pour justifier "de" votre appartenance, ou pour justifier "votre" appartenance ? Et "chevalerie" dans tout ça ? Et "pour toujours", je ne vois absolument pas où se trouve "semper"... et la différence de traduction entre "pour toujours" et "à jamais".

"Mortem", également, je ne le vois nulle part dans la traduction de mon élève. Il a commis des erreurs. Mortem est mal placé.

- Pectore = poitrine ; mais cela peut-il, en fonction du contexte, vouloir dire "coeur" au sens symbolique ? Nous savons que les chevaliers du Temple n'avaient pas droit à la croix pectorale directe, excepté sur les champs de bataille (sur leur cotte ou autre paramentique) afin de signifier aux Sarrasins leur appartenance à l'Ordre et leur combat contre tous les ennemis de la Croix ; pourtant, selon mes sources, les Templiers portaient bel et bien une croix pectorale.

Problème ou pas problème ? :cry: Je lui ai répondu (à l'étudiant, pas à l'Ordre :D) que les bulles pontificales fulminées (fulminare : "envoyer la foudre") à cette époque étaient vagues, floues, à double sens, afin de légaliser en apparence (assez nébuleuse) la transgression du commandement : "tu ne tueras point", les chevaliers ne pouvant donc qu'être des moines-soldats, et non des prêtres, étant donné qu'ils pouvaient tuer, piller et prendre ce qui leur appartenait de droit divin (sans pillage). Donc tuer, piller, mais sans pillage...

Pour le latin j'ai buggé. J'ignore comment noter cet étudiant... sur base de plus de 90% de réussite.

Fraternellement,

Père D.

PS : "ire" signifie "colère" mais pas violence, si je ne dis pas de bêtises... et si mon latin est encore correct.
"Omne datum optimum et omne donum perfectum"
Innocent II (1139)

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Sisyphe
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Re: [Lat] Omne datum optimum : question

Post by Sisyphe » 21 Sep 2019 12:38

:D Ah ! Du latin bien clérical au petit déjeuner, il n'y a rien de tel...

:-? Les croisades, ce n'est pas vraiment mon rayon. Mon latin s'effiloche après 576. Je vous propose une petite juxtalinéaire commentée :

Cum enim natura essetis = comme vous étiez en effet par nature
-> Je pense effectivement que le cum est adversatif, mais votre traduction fait une erreur de temps : certes le premier verbe (eligistis) est au parfait, mais circumfertis est au présent et la phrase oppose la situation passé à la situation présente (nunc... En "bon" latin, il faudrait mettre le plus que parfait (fuissetis, mais précisément, en latin médiéval, l'un a tendance à se substituer à l'autre (c'est d'ailleurs exactement ce qui s'est passé en français ou en italien, puisque "que je fusse" est l'héritier de fuissem pour la forme, mais de essem pour le sens).

filii ir<a>e et seculi voluptatibus dediti = des fils qui s'étaient consacrés aux plaisirs de la colère et du siècle
-> L'expression irae filii vient apparemment de l'Epitre aux Éphésiens, je vous renvoie à https://journals.sagepub.com/doi/abs/10 ... 5902000211 pour l'interprétation, mais en tout cas, c'est un "biblisme" qu'il vaut mieux laisser tel quel. Ces gens-là se comprenaient.

nunc, per aspirantem gratiam, evangelii non surdi auditores effecti, : maintenant, par la grâce aspirante, devenus des auditeurs non sourds de l'évangile
-> Je pense que "aspirans gratia" renvoie à la typologie des grâces qui a toujours bien agité les théologiens (la grâce efficace, la grâce auxiliaire...) et suscité quelques hérésies. Je n'y connais pas grand chose, mais je vous renvoie à cet index.

relictis pompis secularibus et rebus propriis, : ayant abandonné les pompes du siècle et les biens possédés
-> Et un petit tas d'ablatifs absolus pour montrer que Sa Sainteté a lu Cicéron... Res propria est une expression juridique pour désigner les biens meubles et immeubles, qui s'oppose à res nullius, le bien sans propriétaire, et à res aliena, le bien d'autrui.

dimissa etiam spatiosa via que ducit ad mortem, arduum iter quod ducit ad vitam, humiliter elegistis, : ayant même abandonné le large chemin qui conduit à la mort, vous avez choisi avec humilité le chemin ardu qui conduit à la vie.
-> Ouf, enfin la principale ; comme je le disais plus haut, le elegistis est un parfait mais à sens précisément perfectif : l'antériorité par rapport au présent (le parfait en grec, le present perfect en anglais, le passé composé dans son emploi propre), et non pas un temps du passé pur (le passé simple français, l'aoriste grec, le prétérit anglais).

atque ad comprobandum quod in Dei militia computemini : et pour faire reconnaître le fait que vous êtes comptabilisés au sein de la milice de Dieu
-> Je traduis volontairement de façon archaïsante. Militia est en soi toujours problématique puisqu'il désigne à la fois le fait de faire partie d'une armée, le fait de vouloir combattre (la "militance", en termes théologiques) et l'armée elle-même ; en cela la "chevalerie de Dieu" me paraît être le concept correspondant puisque l'expression désigne un état psychologique ("l'esprit de chevalerie") autant qu'une réalité matérielle (l'ensemble des chevaliers). Le texte joue en outre manifestement sur la répétition du préverbe : comprobare (à la fois : faire approuver par tous, et faire reconnaître par tous, rendre physiquement visible aux yeux de tous), et computari, au passif : être compté parmi.

signum vivifice cruces in vestro pectore assidue circumfertis : vous portez avec assiduité le signe vivifiant de la croix sur votre poitrine
-> Là encore, je choisis le mot à mot, pour vous laisser la bonne interprétation ; mais une chose est sûre : circumfertis est du présent, pas du futur (circumferetis) ; c'est un constat, pas une injonction. Quant à pectus, il ne faut jamais oublier qu'il donne pis (de la :meuh: ) en français. C'est plutôt chaque moitié de la poitrine autour du sein, d'où par métonymies successives le coeur et tout ce qu'il est censé contenir (émotion, courage, intelligence...). Cela dit, cela peut être la poitrine toute entière : ce texte seul n'est pas suffisant pour savoir si la croix est portée sur le sein gauche ou sur le poitrail.
La plupart des occasions des troubles du monde sont grammairiennes (Montaigne, II.12)

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Le Moine
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Re: [Lat] Omne datum optimum : question

Post by Le Moine » 21 Sep 2019 16:39

Salut Sisyphe ! Merci pour cet exposé de grande qualité.

En effet, c'est bel et bien du latin clérical.

Je ne voudrais pas trop t'embêter avec le texte original (la bulle n'est pas si longue pour un latiniste tel que toi). C'est le contexte qui pose problème.

Tout commence en 1095. Le pape Urbain II (de son vrai nom Eudes de Châtillon ou Odon de Lagery) déclenche la première croisade pour la reconquête de Jérusalem.

Le 27 novembre 1095, Urbain II appelle tous les chrétiens aux armes pour défendre la Foi devant les aspirations musulmanes au cri de "Dieu le veut !". Tous ceux qui prirent part à la croisade furent marqués par le signe de la Croix, devenant ainsi les croisés (terme qui n'apparaît qu'au concile de Latran IV en 1215). Cette action aboutit le 15 juillet 1099 à la prise de Jérusalem par les troupes chrétiennes de Godefroy de Bouillon (j'y pense parce que je n'habite pas loin).

Hugues de Payns et ses compagnons croisés créent alors la confrérie des "Pauvres Chevaliers du Christ", qui se donne pour mission d’assurer la sécurité des routes et la défense des pèlerins. Ils arrivent pour la première fois en Terre sainte en 1104. Ils en revinrent en 1107 puis y repartirent en 1114.

Mais ça je ne te l'apprends pas.

Il a bien fallu officialiser cet ordre, donc en 1139 par Innocent II, la prise des armes est légalisée au sein du clergé, exclusivement réservée aux chevaliers du Temple.

Mais tout ça c'est de l'histoire, plus du latin...

Pour te resituer le contexte, voici la bulle dans son intégralité, peut-être que ça va nous éclairer :
Innocent II wrote: 1139, enero 29. Letrà

Innocentius episcopus, servus servorum Dei.

Dilectis fifiis Roberto magistro religiose militie Templi quod Iherosolimis situm est, eiusque successoribus et fratribus tam presentibus quam futuris in perpetuum.

Omne datum optimum et omne donum perfectum desursum est, descendens a patre luminum, apud quem non est transmutacio nec vicissitudinis obumbracio.

Provide, dilecti in Domino filii, de vobis et pro vobis, omnipotentem Dominum collaudamus, quoniam in universo mundo vestra religio et veneranda institutio nuntiatur.

Cum enim natura essetis filii ire et seculi voluptatibus dediti, nunc, per aspirantem gratiam, evangelii non surdi auditores effecti, relictis pompis secularibus et rebus propriis, dimissa etiam spatiosa via que ducit ad mortem, arduum iter quod ducit ad vitam, humiliter elegistis, atque ad comprobandum quod in Dei militia computemini, signum vivifice crucis in vestro pectore assidue circumfertis.

Accedit ad hoc quod tanquam veri israelite atque instructissimi divini prelii bellatores, vere karitatis flamma succensi, dictum evangelium operibus adimpletis quod dicitur: "maiorem hac dilectionem nemo habet quam ut animam suam ponat quis pro animis suis"; unde etiam iuxta summi pastoris vocem, animas vestras pro fratribus ponere eosque ab incursibus paganorum defensare, minime formidatis; et cum nomine censeamini milites Templi, constituti estis a Domine catholice ecclesie defensores et inimicorum Xpisti impugnatores.

Licet autem vestrum studium et laudanda devotio in tam sacro opere, toto corde et tota mente desudet.

Nichilominus tamen universitatem vestram exortamur in Domino, atque in peccatorum remissionem, auctoritate Dei et beati Petri, apostolorum principis, tam vobis quam servitoribus vestris iniungimus, ut pro tuenda catholica ecclesia, et ea que est sub paganorum tyrannide, de ipsorum spurcitia eruenda, expugnandos inimicos crucis, invocate Xpisti nomine, intrepide laboretis.

Ea etiam que de eorum spoliis ceperitis, fidenter in usus vestros convertatis, et, ne de his, contra velle vestrum, portionem alicui dare cogamini, prohibemus.

Statuentes ut domus seu templum, in quo estis, ad Dei laudem et gloriam, atque defensionem suorum fidelium, et liberandam Dei ecclesiam, congregati, cum omnibus possessionibus et bonis suis, que inpresentiarum legitime habere cognoscitur, aut, in futurum, concessione pontificum, liberalitate regum vel principum, oblatione fidelium, seu aliis iustis modis, prestante Domino poterit adipisci, perpetuis futuris temporibus, sub apostolice sedis tutela et protectione consistat.

Presenti quoque decreto sanctimus, ut vita religiosa que in vestra domo est, divina inspirante gratia instituta, ibidem inviolabililer observetur, et fratres inibi omnipotenti Domino servientes, caste et sine proprio vivant, et, professionem suam dictis et moribus comprobantes, magistro suo aut quibus ipse preceperit, in omnibus et per omnia, subiecti et obedientes existant.

Preterea quemadmodum domus ipsa huius sacre vestre institutionis et ordinis fons et origo esse promeruit, ita nichilominus omnium locorum ad eam pertinentium caput et magistra in perpetuum habeatur.

Ad hec adiicientes precipimus ut obeunte te, dilecte in Domino fili Roberte, vel tuorum quolibet successorum, nullus eiusdem domus fratribus proponatur, nisi militaris et religiosa persona, que vestre conversationis habitum sit professa, nec ab aliis, nisi ab omnibus fratribus insimul vel a saniori ac puriori eorum parte qui proponendus fuerit, eligatur.

Porro consuetudines, ad vestre religionis et officii observantiam, a magistro et fratribus communiter institutas, nulli ecclesiastice secularive persone infringere vel minuere sit licitum.

Easdem quoque consuetudines a vobis aliquanto tempore observatas, et scripto firmatas, non nisi ab eo qui magister est, consentiente tamen saniori parte capituli, liceat immutari.

Prohibemus autem et omnimodis interdicimus ut fidelitates, hominia sive iuramenta, vel reliquas securitates, que a secularibus frequentantur, nulla ecclesiastica secularisve persona, a magistro et fratribus eiusdem domus exigere audeat.
Illud autem scitote quoniam, sicut vestra sacra institutio et religiosa militia, divina est providentia stabilita, ita nichilominus nullius vite religiosioris obtentu ad locum alium vos convenit transvolare.

Deus enim qui est incomutabilis et eternus, mutabilia corda non approbat, sed pocius sacrum propositum semel inceptum perduci vult usque in finem debite accionis.

¿Quot et quanti sub militari cingulo et clamyde terreni imperii Domino placuerunt, sibique memoriale perpetuum reliquerunt?
¿Quot et quanti, in armis bellicis constituti, pro testamento Dei et paternarum legum defensione, suis temporibus, fortiter dimicarunt, atque manus suas in sanguine infidelium Domino consecrantes, post bellicos sudores, eterne vite bravium sunt adepti?.
Videte itaque vocationem vestram, fratres, tam milites quam servientes, atque iuxta apostolum, unusquisque vestrum, in qua vocatione vocatus est, in ea permaneat; ideoque fratres vestros, semel devotes atque in sacro collegio receptos, post factam in vestra militia professionem, et habitum religionis assumptum, revertendi ad seculum nullam habere precipimus facultatem.
Nec alicui eorum fas sit, post factam professionem, semel assumptam crucem Dominicam et habitum vestre professionis abicere, vel ad alium locum seu etiam monasterium, maioris sive minoris religionis obtentu, invitis seu inconsultis fratribus aut eo qui magister extiterit, liceat transmigrare; nullique ecclesiastice secularive persone ipsos suscipiendi aut retinendi licentia pateat.
Et quoniam qui sunt defensores ecclesie, de bonis ecclesie debent vivere ac sustentari, de rebus mobilibus vel se moventibus seu de quibuslibet que ad vestram venerabilem domum pertinent, a vobis decimas exigi, contra voluntatem vestram, omnimodis prohibemus.
Ceterum decimas quas, consilio et consensu episcoporum de manu clericorum vel laicorum, studio vestro extrahere poteritis, illas etiam quas, consentientibus episcopis et eorum clericis, acquiretis, vobis auctoritate apostolica confirmamus.
Ut autem ad plenitudinem salutis et curam animarum vestrarum nichil vobis desit, et ecclesiastica sacramenta et divina officia vestro sacro collegio commodius exhibeantur, simili mode sancimus, ut liceat vobis honestos clericos et sacerdotes, secundum Deum, quantum ad vestram scientiam, ordinatos, undecumque ad vos venientes, suscipere, et tam in principali domo vestra quam etiam in obedientiis et locis sibi subditis, vobis habere.
Dummodo si e vicino sunt, eos a propriis episcopis expetatis, idemque nulli alii professioni vel ordini teneantur obnoxii.
Quod si episcopi eosdem vobis concedere forte noluerint, nichilominus tamen eos suscipiendi et retinendi auctoritate sancte romane ecclesie habeatis.

Si vero aliqui horum, post factam professionem, turbatores religionis vestre aut domus, vel etiam inutiles apparuerint, liceat vobis eos, cum saniori parte capituli amovere, eisque transeundi ad alium ordinem, ubi, secundum Deum vivere voluerint, licentiam dare et loco ipsorum alios idoneos substituere; qui etiam unius anni in vestra societate spatio probentur, que peracto, si mores eorum hoc exegerint, et ad vestrum servitium utiles inventi fuerint, tunc domum professionem faciant regulariter vivendi et magistro sue obediendi, ita ut eundem victum et vestitum vobiscum habeant necnon lectisternia, excepto eo quod clausa vestimenta portabunt.
Sed nec ipsis liceat de capitulo vel cura domus vestre se temere intromittere, nisi quantum a vobis eis fuerit iniunctum; curam quoque animarum tantum habeant quantum a vobis fuerint requisiti; preterea nulli persone extra vestrum capitulum sint subiecti; tibique, dilecte in Domino fili Roberte, tuisque successoribus tanquam magistro et prelato sue, in omnibus et per omnia obedientiam deferant.

Precipimus insuper ut ordinationes eorumdem clericorum qui ad sacros ordines fuerint promovendi a quocumque volueritis, catholico suscipiatis episcopo, siquidem catholicus fuerit et gratiam apostolice sedis habuerit, qui nimirum nostra fultus auctoritate quod postulatur indulgeat. Eosdem autem pro pecunia predicare aut lucro, vosque pro huiusmodi causa ad predicandum mittere prohibemus, nisi forte magister Templi, qui pro tempore fuerit, certis ex causis id faciendum esse providerit.
Quicumque sane ex his in vestro collegio suscipientur stabilitatem loci, conversionem morum, seque militaturos Domino, diebus vite sue, sub obedientia magistri Templi, posito scripto super altare, in que contineantur ista, promittent.
Salvo quoque episcopis iure episcopali, tam in decimis quam in oblationibus et sepulturis, nichilominus concedimus facultatem, in locis sacro templo collatis, ubi familia vestra habitat, oratoria construere, in quibus utique ipsa divina officia audiat, ibique, si quis ex vobis vel ex eadem familia mortuus fuerit, tumuletur.

Indecens enim est et animarum periculo proximum, religiosos fratres, occasione adeunde ecclesie, se virorum turbis et mulierum frequentie immiscere. Decernimus insuper auctoritate apostolica, ut, apud quemcumque locum vos venire contigerit, ab honestis atque catholicis sacerdotibus penitentiam, unctiones seu alia quelibet sacramenta ecclesiastica suscipere liceat, ne forte ad preceptionem spiritualium bonorum vobis quippiam deesse valeat.

Quia vere omnes in Xpisto unum sumus, et non est personarum differentia apud Deum, tam remissionis peccatorum quam alterius beneficentie, atque apostolice benedictionis que vobis indulta est, etiam familias et servientes vestros volumus esse participes.
Nulli ergo hominum liceat, predictum locum temere perturbare aut eius possessiones auferre vel oblatas retinere, minuere aut aliquibus vexationibus fatigare, sed omnia integra conserventur vestris atque aliorum Dei fidelium usibus omnimodis profutura.

Si quis igitur hanc nostre constitutionis paginam sciens, contra eam temere venire temptaverit, secundo tertiove commonitus nisi reatum suum congrua satisfactione correxerit, potestatis honorisque sui dignitate careat, reumque se divine iudicio existere de perpetrata iniquitate cognoscat, et a sacratissime corpore ac sanguine Dei et domini redemptoris nostri Ihesu Xpisti alienus fiat atque in extreme examine districte ultioni subiaceat.
Conservantes autem hec omnipotentis Dei et beatorum Petri et Pauli apostolorum eius benedictionem et gratiam consequantur.

Amen.

Rota. Ego Innocentius catholice ecclesie episcopus ss.
+ Ego Egidius Tusculanus episcopus ss.
+ Ego Gregorius presbiter cardinalis tituli Apostolorum ss.
+ Ego Petrus presbiter cardinalis tituli Susanne ss.
+ Ego Genradus Sab[inensis] episcopus ss.
+ Ego Theedewinus sancte Rufine episcopus ss.
+ Ego Pettrus presbiter cardinalis tituli sancti Marcelli ss.
+ Ego Albericus Hostiensis episcopus ss.
+ Ego Comes presbiter cardinalis tituli Eudexie ss.
+ Ego Matheus presbiter cardinalis tituli Equitii ss.
+ Ego Gerardus presbiter cardinalis tituli sancte crucis in Iherusalem ss.
+ Ego Anselmus presbiter cardinalis tituli sancti Laurentii in Lucina ss.
+ Ego Lutifridus presbiter cardinalis Vestine ss.
+ Ego Luchas presbiter cardinalis tituli sanctorum lohannis et Pauli ss.
+ Ego Grisogonus presbiter cardinalis sancte Praxedis ss.
+ Ego Martinus presbiter cardinalis tituli sancte Anastasie ss.
+ Ego Stancius presbiter cardinalis tituli sancte Sabie ss.
+ Ego Gregorius presbiter cardinalis tituli sancte Balbine ss.
+ Ego Gregorius diaconus cardinalis sanctorum Sergii et Bachi ss.
+ Ego Adenulfus diaconus cardinalis sancte Marie in Cosmidia ss.
+ Ego Guido diaconus cardinalis sanctorum Cosme et Damiani ss.
+ Ego Vass[alus] diaconus cardinalis sancti Eustachii iuxta templum Agrippe ss.

Datum Laterani per manum Imerici sancte romane ecclesie diaconi cardinalis et cancellarii, IIII kalendas aprilis, indictione IIª incarnationis Dominice anno Mº Cº XXXº VIIIIº, pontificatus vero domni Innocencii pape II anno X.
Xpisti c'est le sceau des chevaliers des chevaliers du Temple ("Sceau du Christ").
"Omne datum optimum et omne donum perfectum"
Innocent II (1139)

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