Elizabeth II est décédée.

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Latinus
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Elizabeth II est décédée.

Post by Latinus »

Ca m'a fait bizarre hier devant la télé : j'ai poussé un "ho !" de surprise :meuh:

Je n'ai pas d'attachement particulier à cette famille royale, pas plus qu'à la belge, et je n'ai donc pas de tristesse personnelle ou de joie (y'en a qui... mais l'anthropo :roll:) ... m'enfin, ça fait un sacré chapitre historique qui arrive à son terme : Je n'étais pas né lorsqu'elle est devenue reine, mon père non plus d'ailleurs.
Pas grand chose à l'échelle de l'Univers diront certains, certes.


Elle était de la même génération que mon grand-père (parti bien plus tôt), je crois que c'est ça qui me donne ce sentiment de nostalgie :c-com-ca:
Les courses hippiques, lorsqu'elles s'y frottent.
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leelou
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Re: Elizabeth II est décédée.

Post by leelou »

J'ai eu la même réaction que toi ! (et j'ai les mêmes pensées générales d'ailleurs)
J'en ai parlé à une amie et sa réaction m'a agacée : je suis républicaine, j'aime pas cette famille de faux c**, ce sera qui le roi ? Le faux jeton ou le parfait trop lisse ? D'ailleurs il doit cacher quelque chose celui là...
Heuuuu.... et un peu d'empathie ? Une personne vient tout de même de décéder même si "on s'en doutait" comme elle dit. SOIT...

Elle est auprès de son Phillip désormais !
Quand tu te lèves le matin, remercie pour la lumière du jour, la nourriture et le bonheur de vivre. Si tu ne vois pas de raison de remercier, la faute repose en toi-même.
Tecumseh, chef shawni
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Sisyphe
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Re: Elizabeth II est décédée.

Post by Sisyphe »

:-? Je me demandais si on allait en parler... Je n'osais pas démarrer le fil, j'aurais eu l'impression de passer pour l'enterreur en chef de ce forum.

Banalité : la mort des puissants est toujours une date dans nos vies, qu'on les aime ou les déteste. Le paradoxe, c'est qu'elle n'était pas à proprement parler puissante et qu'elle ne touchait pas vraiment à nos vies (hors membres britanniques de ce forum). Je n'ai pas de tristesse, pour ma part, sinon la réserve ordinaire qu'on doit avoir pour tout mort, du souverain au SDF non moins inconnu dont les pompiers viennent relever le corps au bas de chez vous. J'en avais pour la mort de Chirac, qui renvoyait à ma propre vie. Là, je n'ai pas cette tentation ; mais je n'ai non plus celle du cynisme ou du guillotinisme mal placé.

Il y a simplement quelque chose d'intellectuellement fascinant à se dire qu'elle côtoyait l'immensité : c'est cela qui nous émeut. La longévité, d'abord : Latinus l'a dit, d'autres l'ont répété : dans ma famille comme dans d'autres, on a acheté une télévision pour son couronnement, et c'était chez ma grand-tante maintenant morte depuis vingt-cinq ans, dans une maison démolie vingt ans avant ma propre naissance.

On avait discuté ici-même durant le confinement de son message aux Britanniques, remonté en flèche sur YouTube depuis vingt-quatre heures : bien sûr, ce n'était pas son message, mais celui d'une bande de communicants, utilisant adroitement le mythe britannique de la seconde guerre mondiale et du Blitz en lui faisant terminer son discours par une évocation de Vera Lynn, We will meet again... Sauf qu'il était humainement impossible de l'écouter en 2020 sans se dire qu'elle avait effectivement, elle, vécu la seconde guerre mondiale, contrairement à virtuellement peu près nous tous.

Même chose pour le parallèle qu'elle y faisait avec son premier discours, celui où sa soeur et elle, à onze et quatorze ans, appelait les enfants britannique au courage en 1940. On peut être cynique par les deux bouts : dire d'un côté qu'elles n'étaient pas les plus mal loties des enfants britanniques en 1940 (et que d'une façon générale sa richesse et son apparat sont indécents pour les standards de notre monde, même parmi les riches) ; dire de l'autre que cette évocation est aussi un coup de com' du gouvernement dans la gestion médiocre de crise la du covid... Et en même temps, comment ne pas être réellement touché par une vieille dame de 96 ans qui sent forcément sa mort prochaine et qui se souvient de sa jeune soeur, entre-temps morte à moitié alcoolique ? Sauf qu'au lieu de l'évoquer devant dix personne à un repas de famille, elle le donne à voir à virtuellement toute la terre. Et le plus émouvant est qu'elle ne semble pas la montrer.

C'est aussi cela qui est fascinant : constitutionnellement, elle ne disait rien, ne faisait rien, ne pensait rien, n'exprimait rien ; intact malgré une famille cultivant l'indécence et le ridicule paraparrazesque depuis quarante ans. Donc, libre à chacun de s'y projeter totalement. Elle était tellement loin de nous, dans ses titres médiévaux et ses châteaux d'époque georgienne, qu'elle nous semblait fantasmatiquement proche. Même si l'on veut y résister, même si l'on se dit qu'on a aucune raison, Français, républicain, enfant des années 80 et de gauche, d'avoir la moindre empathie pour elle, il y a cette chose, ce vide qu'on avait besoin de remplir vis-à-vis d'elle. La phénoménale série The Crown l'a prouvé.

:roll: Au fond, il y a deux choses qui m'apportent ce soir une espèce de sourire qui est presque à sa gloire.

La première, c'est qu'elle meure deux jours après avoir intronisé Liz Truss : le fameux petit sourire de cette vieille femme entachée d'ecchymoses qu'on a tous vu semble au fond assez agréablement moqueur : "j'ai commencé avec Churchill, ce n'est pas ce tas de jelly menteur et corrompu avec une serpillère sur la tête de Boris Johnson qui annoncera ma mort !". Et paf : bravo la vieille ! Et je n'ai aucune raison d'aimer politiquement Mrs Truss.

La seconde, c'est que l'on voie en boucle des vedette pop' annoncer sa mort. Comme si au fond il n'y avait rien de possible que ces deux extrêmes : ou bien la cérémonie quasi-médiévale de la première ministre terminant son discours par "God save the King" et retournant vers une porte qui s'ouvre presque toute seule, et parallèlement celui du Speaker de la chambre en toge à jabot lançant la minute de silence avec des députés en kilt d'apparat ; ou bien Elton John et Harry Styles la faisant applaudir par leur public dans un concert rempli de stromboscopes. Ou bien le sacré ecclésial venu du fond des âges, ou bien l'icône pop. Entre les deux : rien, le vide. Pas de place pour le normal et l'ordinaire ; d'ailleurs les leaders démocratiques présentant leurs condoléances n'ont jamais eu l'air aussi ridicule, plats, dépassés.

D'ailleurs, le meilleur hommage, c'est celui de Jimmy Kimmel : https://www.youtube.com/watch?v=U01i-2dH0V4 ("She stood up to fascists and she stood behind them” m'a fait hurler de rire :sun: ).
La plupart des occasions des troubles du monde sont grammairiennes (Montaigne, II.12)