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A ce jeux là on n'a pas fini de .... " débattre ", si cette discution l'est encore... ce dont je commence sérieusement à douter.
Nous en sommes arrivés à un point où ce débat tourne en rond.
A quoi cela pourrait servir que je dise que dans mon entourage beaucoup de monde connaît des filles qui n'ont pas choisi le port du voile et qui sont bien obligées de le porter ? A rien, car beaucoup de monde connait aussi des filles qui n'ont pas été forcées et qui le portent également... Il en va de même pour la question du "non port".
Il y'a des abus dans tous les sens du terme, pour quelque religion que ce soit.
Personnellement, je n'ai pas d'attachement religieux... suis tombé dedans quand j'étais petit et depuis je suis vacciné. Il n'empêche qu'il ne m'est jamais arrivé d'être choqué de voir "des signes ostentatoires" défiler sous mes yeux (dans la rue, à l'école, au magasin, ...).
L'affichage ou le non-affichage d'une appartenance religieuse reste un choix individuel... bien sûr il y'a des abus, et cela se sait depuis longtemps. Nous pourrons en débattre jusqu'à la nuit de temps, cela n'y changera rien. Je veux dire par là que ce n'est pas à coup de "pseudo-débat" que ces choses vont changer ; les politiques en savent quelque chose sinon ils ne s'y risqueraient pas aussi souvent...
Ceci dit, si vous avez envie de sortir la discussion du cercle dans lequel elle s'enfonce... n'hésitez pas hein
Et je dois sans doute battre un peu ma coulpe car j'ai contribué à cet enlisement.
Donc, deux remarques pour essayer de ramener les choses sur terre, pour moi comme pour les autres
A) Personnellement, je ne parlais QUE du port du voile dans au sein des établissements scolaires et autres lieux officiels de la République. Si vraiment un voile ou une croix ou autre chose est un signe personnel de foi, alors la meilleure preuve qu'on est attaché à la foi et pas au signe, c'est d'être capable de l'enlever. C'est dans ce sens là et uniquement que je parlais de "en permanence".
B) On peut citer des centaines de cas différents sur la raison qui pousse une fille à se voiler ou non. Ceux que j'ai cité existent, je les ai rencontrés. Mais encore une fois, nous ne pouvons légitimement intervenir (donc débattre) que dans le cadre des lieux officiels.
C) Pour sortir de l'ornière d'un débat stérile (auquel j'ai contribué etc. mea maxima culpa et caetera) ; ne serait-il pas meilleur de parler des rapports entre Islam et modernités, que je veux croire fructueux et dont beaucoup pourraient parler ici en meilleur connaissance de cause, sans s'arrêter aux "accidents" apparents (et seulement apparents) de ceux-ci ? Je conseille à tous la lecture du supplément du Nouvel Observateur sur ce sujet.
Voilà.
Je dois m'excuser de mes extrémités. Seulement voyez-vous, j'ai vécu et étudié "en banlieue" de ma naissance à mon seizième anniversaire, et ma mère y vit et y enseigne toujours. Or j'ai vécu intimement tout ce qu'on raconte sur "l'islam dans les banlieues", qui est d'ailleurs à la fois vrai et faux.
Vrai, parce que oui : les imams auto-déclaré, les jeune gens qui s'embarbisent, les pseudo-mosquées des caves SONACOTRA (à deux pas de mon collège). Le machisme exacerbé. Les jeunes filles mariées à quinze à un vieux inconnu d'elles sans qu'on puisse absolument rien faire. J'ai vu des profs aux bords des larmes devant des situations où l'obscurantisme et la bigoterie (tout le contraire de ce qu'ils sont censés représenter) reprenaient le dessus.
Faux, parce que tout cela n'est qu'une marge, qualitativement et quantitativement. Parce que la culture nord-africaine et bien sympathique et enfin parce que l'Islam est une chance intellectuelle pour l'Europe, et inversement.
Ma première intervention dans ce post, c'était pour dire que je trouvais la loi en question pas très bien ficelé dans son détail, mais plutôt juste dans son principe. Il y avait deux question : le principe de la laïcité, et la nécessité de la loi. Je suis intransigeant sur le première, je reste entièrement maléable sur le deuxième.
J'en profite pour dire que j'aime tout le monde ici et que je n'ai aucunement le désir de me fâcher avec quiconque.
Merci Sisyphe pour cette dernière intervention, et je te suis entièrement... Et je comprends aussi ce dont tu parles à propos des profs de banlieue et de ta maman, la mienne a enseigné pendant plus de dix ans sur l'ile de la Réunion, où les religions se mèlent au lycée sans grand problème, elle s'inquiétait du fait que la nouvelle loi s'appliquerait aussi à la Réunion où le problème est bien différent de celui de la métropole ou plutot ne devrait pas se poser dans les memes termes puisque tout semble aller très bien. En dix ans de carrière elle n'a eu que trois élèves voilées, alors qu'on en voit un pourcentage beaucoup plus élevé dans la rue etc.
Elle aussi a été très triste en voyant une de ses meilleures élèves arreter ses études après son bac pour se marier, et quand elle l'a vue dans la rue voilée jusqu'aux trous de nez (si j'ose dire...), elle a pensé "quel gachis" mais en meme temps elle savait que là était son choix, meme si ce choix était évidemment "piloté", c'était une fille tout à fait "claire" dans sa tete et qui aurait pu clairement s'opposer à la famille. Elle ne l'a pas fait, c'était son droit, c'était sa vie.
ann wrote:elle savait que là était son choix, même si ce choix était évidemment "piloté", c'était une fille tout à fait "claire" dans sa tête et qui aurait pu clairement s'opposer à la famille. Elle ne l'a pas fait, c'était son droit, c'était sa vie.
Intéressante réflexion. Je n'ai, d'ailleurs, guère envie de souffler sur les braises (bien heureusement, il y eu l'intervention de Latinus). Je voudrais seulement vous passer un paragraphe de Julia Leslie, prof. à l'Université de Londres. Il est en Anglais, mais je suis prêt à le traduire en Français si besoin. Le voici:
"In a recent study of arab women, for example, the informants make their views on female circumsision disturbingly clear: for them, as women, the 'uncircumsised state' is both 'distasteful and unclean' (El-Solh 1988:108). In the context of Hinduism, dowry may be empowering for isome women; purdah may be liberating for others; sati may be the only positive option available. It is important to realize that such choices - for dowry, or purdah, or sati, or female circumsision - are being made by women who (given the cultural restraints within which they are working) see themselves not as victims of their culture but as active agents in the creation of their own identity and that of their daughters. Clearly, Hindu women do not simply accept the oppressive constructions imposed on them by Hindu men and non-Hindus generally (including non-Hindu feminists). Yet much of the recent work on women betrays an inability to see past what Parminder Bhachu (in a forthcoming paper) calls the 'triple subordination' of racism, sexism and classism, and hence an inability to question the model of Asian (or, in this case, Hindu) women as negative, passive and powerless. We therefore need to investigate precisely this power of Hindu women to choose what may seem oppressive to outsiders in order to create a positive construct for themselves."
Réf: Roles and Rituals for Hindu Women 1992:3
L'héroïsme au quotidien n'est pas dans une attitude défensive mais dans le positionnement tranquille.
- Jacques Salomé
Je ne suis pas sure d'avoir totalement compris (un peu crevée ce soir, j'avoue, j'ai du mal à lire de la théorie en anglais après quelques verres de vin!)
mais je crois que tout cela va dans le sens de ce que j'espère, de ce qui est à espérer. Ce n'est pas à nous, femmes occidentales, de changer la situation des femmes arabes ou africaines, hindous,... (mais ici il n'est pas question du voile à l'école en France) mais à elles de lutter, et à nous d'etre solidaires... On ne peut qu'applaudir les femmes sénégalaises et leurs luttes contre l'excision, espérons que les femmes arabes travailleront aussi de l'intérieur pour avoir plus de droits, ce qu'elles font déjà, pour ce que j'en sais, au moins dans les grandes villes du Maghreb, où il n'est pas rare du tout de voir des femmes arabes en mini jupe par exemple (à Tunis, au moins). De meme que la tradition du drap taché de sang exposé après le mariage se modifie depuis quelques dizaines d'années, peut-etre le voile... (meme si on a l'impression d'un retour en arrière, j'ai l'impression pour ma part que dans les pays du Maghreb, les femmes étaient moins voilées il y a dix ans qu'aujourd'hui...)
Il est parfois des sujets sur lesquels on a du mal à réfléchir en faisant abstraction de nos désirs, de nos haines, etc. Et je crois que le problème du voile en est un... Je disais il y a quelques temps sur ce post que je ne savais que penser de cette loi mais que j'avais l'impression qu'elle était juste. Je sais maintenant quoi en penser, j’ai suivi, j’ai réfléchi, j’ai lu, je vous ai lu vous aussi. Je pensais que cela pouvait être une de ces lois dont le gouvernement Mitterrand était particulièrement créateur : pleine de bonnes intentions mais qui arrive au contraire de ses fins. Mais je crois qu’en fait ici cette loi ne part pas de bonnes intentions, mais de notre intolérance, ou de notre refus de reconnaître notre double dans une femme voilée.
Pour ma part, j’étais toute prise par l’histoire du crucifix italien, et j’ai fait un amalgame entre les deux cas.
Le texte du monde diplomatique dont j’ai donné l’adresse ci-dessus parle en effet de :
« Ce qui a été oublié, en réalité, c’est que la laïcité, telle que la définissent les textes fondateurs (les lois de 1881, 1882 et 1886), concerne les locaux, les programmes scolaires et le personnel enseignant – et non les élèves.”
Dans le cas du crucifix, on impose un signe religieux dans les locaux de l’école, et l’école en devient ainsi véhicule d’une religion alors qu’elle devrait afficher sa laïcité. Et si nous professeurs nous devons de ne pas aller de favoriser quelque religion que ce soit par rapport à une autre dans nos cours, nous devons accepter toutes les religions, et que notre tolérance et réflexion permette peut-être aux moins tolérants de ceux qui nous écoutent ou aux plus ignorants de réfléchir à leur tour. Et si l’interdiction du voile signifie pour certaines jeunes filles la fin de leurs études ce n’est pas un moindre mal mais c’est grave !
Je me rappelle d'un ami qui avait un piercing au dessus de l'oeil et je lui disais toujours que ça me faisait mal de le regarder et comme je le voyais presque tous les jours je pensais que ça me passerait mais après plusieurs mois ça n'avait pas changé, j'avais mal pour lui chaque fois que je le regardais! je pense que ça me ferait pareil d'avoir une fille voilée dans une de mes classes. Il n'empeche que je devrais me faire violence pour la regarder comme les autres!
Il est peut être nécessaire de situer un peu Pierre Tevanian.
Dans ses textes (livres, déclarations, interviewes au journal l'Humanité ), on a parfois sentiment que pour lui la laïcité exigeante est une valeur occidentale, presque coloniale.
Il est de ceux qui a lancé la notion d'islamophobie. Le Monde Diplomatique signale à ce propos une revue intéressante.
Attention, il s'agit de la laïcité et non d'un débat sur les colifichets.
De la liberté de femmes de ce pays, qui pourraient échapper, au moins dans certains lieux, à la loi de leur père, de leurs frères ou de leur mari, qui imposent cette coutume religieuse.
Ne songe-t-on jamais à elles ?
Ni à toutes celles qui ont été lapidées de part le monde parce qu'elles le refusaient ?
Le voile n'est pas un accessoire innocent.
Pour les femmes la laïcité a été la voie de l'émancipation. Ne l'oublions pas. Dans le même nu méro du Monde Diplomatique, un article de Henri Peña-Ruiz traitait de ce sujet. Il rappelle les difficultés de la commission d'enquête :
«Les auditions de la commission Stasi (1) ont mis en évidence la gravité des menaces qui pèsent sur ces personnes, dont certaines ont tenu à témoigner en audiences privées par peur de représailles. Est-il acceptable que, dans les banlieues dites sensibles, des jeunes femmes soient insultées, voire violentées parce qu’elles refusent de porter le voile ? Est-il acceptable que des professeurs soient récusés en raison de leur sexe ou du contenu de leur enseignement, par exemple sur l’évolution des espèces en biologie ou sur le génocide des juifs en histoire ? »
J'y retrouve cette citation de Lacordaire :
ENTRE LE FORT ET LE FAIBLE, C’EST LA LIBERTÉ QUI OPPRIME ET LA LOI QUI AFFRANCHIT.
La force est rarement du côté des femmes, mais contre elles. Il serait dangereux de l'oublier. La laïcité subit des attaques de tous les intégrismes.
La mode est aux ultras. En Europe et ailleurs.
Je songe à un article du journal La croix :
« «Les évêques polonais ont demandé jeudi une référence dans la Constitution européenne à Dieu et à la chrétienté dans une lettre adressée au Premier ministre irlandais Bertie Ahern, attendu à Varsovie. (...) Le Premier ministre d'Irlande tentera à Varsovie de discuter d'un compromis sur cette question épineuse. »
C'est la laïcité qui est en jeu, sous prétexte de tolérance.
La laïcité c'est aussi ce qui unit tous les hommes plutôt que ce qui les divise.
Last edited by Bernadette on 21 May 2004 10:02, edited 1 time in total.
Tu as raison Bernadette, je ne sais que penser, c'est une loi injuste mais qui exprime un ras le bol qui est justifié en un pays où la laicité est bafouée. Je pense aussi à ces demandes de non mixité des piscines à certaines heures, et de tas d'autres choses, va-t-on finir par créer un monde à l'américaine où chacun appartient à un groupe défini, est étiqueté, et où sortir du carcan du groupe devient de ce fait plus difficile...
Oui, un p'tit contre-temps, en effet. Merci Latinus. J'ai recruté un assistant et en l'entrainant, je me rends compte qu'il y a un tas de choses que je dois révisé moi-même. En plus, ça glisse à cause de la pluie...
Voici la traduction:
"Dans une étude récente de femmes arabes, par exemple, les informateurs font leurs avis sur l’excision féminine de façon inquiétante et clair : pour eux, comme les femmes, ' l'état incirconcis ' est 'désagréables et malpropres ' (El--Solh 1988:108). Dans le contexte de l’Hindouisme, la dot peut donner le pouvoir à certaines femmes; purdah (le voile) peut libérer d'autres; sati (se jeter à la mort dans le bûcher funéraire du mari) peut être la seule option positive disponible. Il est important de se rendre compte que ces choix - pour la dot, ou le purdah, ou le sati, ou l’excision féminine - sont faits par des femmes qui (donnés les contraintes culturelles dans lesquelles elles travaillent) se voit non comme les victimes de leur culture, mais comme des agents actifs dans la création de leur propre identité et celui de leurs filles. Clairement, les femmes hindoues n’acceptent pas simplement, les interprétations oppressantes imposées par les hommes hindous et les non-Hindous, en générale (incluant des féministes non-hindous). Encore, beaucoup de recherches récents sur les femmes trahit une incapacité de voir au-delà de ce que Parminder Bhachu (dans un prochain article) appelle ' la subordination triple ' du racisme, sexisme et classisme, et d’où, une incapacité de mettre en doute le modèle Asiatique (ou, dans ce cas, Hindou), des femmes comme négatif, passif et impuissant. Nous devons donc examiner précisément ce pouvoir des femmes hindoues pour choisir ce qui peut sembler oppressant aux étrangers, pour créer un concept positif pour eux-mêmes. "
L'héroïsme au quotidien n'est pas dans une attitude défensive mais dans le positionnement tranquille.
- Jacques Salomé
foryoureyesonly wrote: l'état incirconcis ' est 'désagréables et malpropres ' (El--Solh 1988:108). Dans le contexte de l’Hindouisme, la dot peut donner le pouvoir à certaines femmes; purdah (le voile) peut libérer d'autres; sati (se jeter à la mort dans le bûcher funéraire du mari) peut être la seule option positive disponible. Il est important de se rendre compte que ces choix - pour la dot, ou le purdah, ou le sati, ou l’excision féminine - sont faits par des femmes qui (donnés les contraintes culturelles dans lesquelles elles travaillent) se voit non comme les victimes de leur culture, mais comme des agents actifs dans la création de leur propre identité et celui de leurs filles.
Se jeter dans un bûcher est 'peut être la seule option positive disponible '. Mais de grâce, ne me parlez pas des options négatives.
Ce texte prête à confusion. : circoncision n'est point excision.
LA CIRCONCISION est une chirurgie mineure . On excise la peau recouvrant l'extrémité du pénis . Elle n'a aucune conséquence sur les jouissances futures.
L'EXCISION est une mutilation.
On différencie trois types d'excisions de la moins à la plus grave :
-l'excision du prépuce et de la partie extérieure du clitoris
-l'excision totale du clitoris, des lèvres qui l'entourent et du prépuce
-l'infibulation, qui est l'excision totale plus la fermeture par couture de la vulve…
En pratique, 80% des excisions sont celles du clitoris et des lèvres (deuxième type) quand l'infibulation représente 15 %
Cette pratique prive à jamais les femmes de mille et unes jouissances. De ces caresses qui s'improvisent à l'infini.
Interdire le plaisir, dans une opération qui est une torture, parfois mortelle.
Il existe en effet bien des coutumes barbares travesties sous le nom de culture. Elles participent à l'asservissement des femmes.
En France elles sont passibles de la cour d'Assises.
Mais les jugements ne rendent pas leurs corps aux fillettes mutilées.
Il est certain, que dans certains pays, les refuser signifie s'exclure du tissus social.
Quels choix y ont les femmes ces "agents actifs dans la création de leur propre identité et celui de leurs filles" ?
Pourquoi en Inde, celle du Kamasutra , des temples érotiques de Khajuraho, des délicieuses miniatures .
Cette monstruosité est-elle liée à des religions particulières ?
Pratique-t-on aussi la castration ? Ce serait l'équivalent (sexuellement) pour les hommes.
Ayant été l'agent - bien involontaire - d'un dérapage dont je dois encore m'excuser, je m'étais promis de ne plus intervenir sur ce post, redoutant ma propre hypersensibilité sur le sujet. Finalement, je romps ma propre promesse ; Ok c'est promis je vais tâcher de rester calme...
J'aimerais faire trois remarques.
-1-
A propos de l'Islamophobie et P. Tevanian. Il m'a semblé effectivement lire une fois un article de lui, et - surtout - de l'avoir entendu sur France Culture. N'ayant pas la mémoire des noms, je ne suis plus très sûr qu'il me pardonne si je confonds. J'ai eu effectivement la même impression que Bernadette : une certaine confusion entre laïcité et colonialisme (alors qu'historiquement, s'il y a une région où elle ne s'est pas appliquée, ce sont bien nos colonies "l'anticléricalisme n'est pas une denrée coloniale" disait Gambetta à Mgr Dupanloup) ; ce à quoi j'ajouterais que j'ai senti de sa part comme une confusion entre
- critique négative (attaque contre) certaines manifestations actuelle de
l'Islam
- critique "neutre" (reflexion sur) l'essence de l'Islam comme fait spirituel et temporel.
- "antibougnoulisme" infecte de base, qu'il soit clairement affiché comme chez certains leaders que je ne nommerai pas, ou plus sournois ou plus caché chez trop de gens.
A son crédit - et c'est peut-être le vrai sens des ses propos - il faut bien reconnaître que d'aucuns se masquent derrière l'un pour avancer l'autre. La merde puante écrite par O. Fallaci (je suis désolé mais je ne peux pas ne pas être vulgaire) en est un triste exemple*
[*oui, je l'ai lu. Non, je ne l'ai pas acheté]
Une autre phrase de sa part m'a fait réagir. Il semblait dire (peut-être l'ai-je mal compris, mais alors je ne suis pas le seul) que les relais les plus dangereux de l'islamophobie étaient les jeunes gens issus de l'islam européen (je le redis : Islam européen, pour moi il existe sans problème) qui relayait un discours disons "républicain" sur le voile, la laïcité, les bigots etc. (en gros, le mien) ; donnant par là - toujours selon lui - une légitimité aux "islamophobes" extérieurs. Il les voyait en somme (là c'est moi qui interprète, je puis me tromper) comme les "occidentalisés" de nos colonies d'autrefois, qui relayaient le discours colonial de progrès de la race etc.
Vision simpliste de la colonisation, d'ailleurs. Il n'y a pas eu que des "béni-oui-oui" ; des élites officiellement occidentalisée (le vêtement n'est pas l'esprit) sont parfois sortis les leaders indépendantistes les plus farouches et les plus respectueux de leurs cultures : je pense à Senghor ou à Bourguiba. Et je dis et je maintiens que le Tiers-Monde, dont le monde arabe, a eu des leaders réellement populaires (pas toujours démocrates, OK) et pourtant profondément animés d'un désir de laïcisation. Il ne faudrait pas qu'il l'oublie.
Je suis ici obligé de retomber dans les "je connais quelqu'un qui". En l'occurence une collègue de ma mère, maghrébine, devenue prof, qui, effectivement, tenait un discours "républicain" assez poussé (elle était même une chevenementiste encartée - et nous avons eu la surprise de la voir sur des plateaux de télévision). Moi même, elle me choquait un peu dans son discours permanent.
Mais ce qui me choquait d'autant plus était de savoir qu'elle ne devait ses études et sa très relative tranquillité physique qu'à la protection de ses frères, en l'occurence tout entiers de son côté. Relisez ça, et tâchez de vous convaincre que nous sommes en France au XXIe siècle (serait-ce d'ailleurs plus tolérable ailleurs ?)
Comme disait Horace : "dulce bellum inexpertis" - "douce est la guerre, pour ceux qui ne la connaissent pas".
*
-2-
Je ne connais pas l'Inde moderne de manière intime, contrairement à 4YEO. Par contre, j'ai dû autrefois apprendre tout ce qu'on pouvait apprendre sur la colonisation, notamment anglaise, en vue d'un concours universitaire. Or je crois savoir que les soti, comme le système des castes et d'autres traits dits "archaïques", étaient largement déclinants à la fin du XVIIIe siècle ; date à laquelle l'Inde avait entamé une révolution industrielle (et culturelle) qui n'était pas sans rappeler celle de l'Europe à la même époque.
C'est bel et bien la colonisation qui redonné vigueur, ici comme ailleurs, à certains comportements (quand d'ailleurs les colonisateurs ne sont pas appuyé dessus, sur le système des castes en particulier, y compris là où il n'existait pas). Ce fut un repli sur la tradition, épidermique, violent, comme l'ont été certaines révoltes sanglantes (les cipayes en Inde, les boxers en Chine) qui ont a leur tour servi de justification à la "mission civilisatrice" de l'Occident. Oserais-je dire que le wahabisme lui aussi est né au XIXe, dans des madrasas de l'actuel Pakistan ? Ce n'est pas un conservatisme, ce n'est pas de la tradition. C'est bien de la réaction.
*
-3-
Dernier point. Quelqu'un m'avait demandé par MP ce que j'entendais personnellement par "laïcité". C'est vrai qu'à force d'en parler, on ne sait plus très bien ce que c'est. J'y ai un peu réfléchi...
Alors je vais vous raconter une petite histoire :
Il y a un certain nombre d'années, le parlement belge a voté la légalisation de l'avortement. Le législatif s'étant exprimé, il appartenait au roi Baudouin Ier, chef de l'exécutif, de signer les décrets d'application.
Or Baudouin était très catholique, presque mystique. C'était son droit. Il estimait qu'au regard de ses convictions, il ne pouvait pas signer ces décrets.
J'ignore quel est l'étendue constitutionnelle du pouvoir du roi en Belgique. Je ne crois pas qu'il puisse, comme notre président, demander une seconde délibération. Mais d'une manière ou d'une autre, il aurait pu ergoter, jouer de son influence, ralentir la procédure, etc. Ces choses-là sont toujours possibles (songez qu'en France, le décret d'exécution de la loi Neuwirth sur la contraception, votée en 1967 sous de Gaulle, n'ont été signés qu'en 1971 par Pompidou, et encore, pressé par Chaban).
Il ne l'a pas fait.
Il s'est contenté de quitter le territoire belge (en se retirant dans un château à trois km de la frontière !). Le parlement a "constaté l'absence du roi", le premier ministre a eu la charge provisoire de l'exécutif. Il a signé et le roi est rentré 48 heures après son départ.
J'attire votre attention sur le symbole : Baudouin de Saxe-Cobourg était catholique. Mais le roi des Belges ne l'est pas. Il ne gouverne pas selon des principes religieux, et il n'a pas à mettre en balance ses convictions personnelles et ses devoirs publics (car un roi a des devoirs).
Pourtant la Belgique n'est pas un état laïc au sens français du terme : le catholicisme est (sauf erreur) religion d'Etat, lequel salarie les cultes et délègue une part importante de l'enseignement aux églises.
Mais même dans un Etat clérical, s'il y a conflit entre la religion et l'Etat, c'est à cette première de céder immédiatement. Laïc s'oppose ici à religieux. Laïc est d'abord une société qui règle pas sa vie publique sur des principes religieux, mais seulement sur ceux de la raison. L'individu, lui, reste libre.
C'est le "degré zéro" de la laïcité. Mais il est fondamental.
Le degré supérieur, c'est ce que j'appelle "laïcité intégrale", à la Française : ne reconnaître ni ne salarier aucun culte, ni ne permettre au sein des lieux publics l'exercice ou la manifestation d'une croyance...
... Ne croyez pas qu'elle soit si française, d'ailleurs : dans la Hollande du XVIIe siècle lassée des guerres de religions, il était même interdit de se découvrir dans une boulangerie, car ç'aurait pu signifier qu'on voulait montrer qu'on était catholique, et qu'on respectait l'eucharistie.
Je défends ce dernier principe comme une opinion. Mais je défends le premier comme une conviction.