Le français de la classe politique sénégalaise épinglé
mardi 6 janvier 2004, par Saïd Aït-Hatrit
Le quotidien sénégalais Wal Fadjiri a récemment pointé du doigt la fâcheuse tendance du ministre de la Santé à combiner français et wolof dans une même phrase. Langue officielle héritée de l’empire colonial français ou langues nationales ? Le Sénégal cherche dans la douleur à promouvoir les deux.
(...)L’héritage linguistique laissé par la France à ses colonies africaines n’a pas fini de leur jouer des tours. La majorité des Etats africains, tel que le Sénégal, ont adopté le français comme langue officielle au lendemain de leurs indépendances. Un « butin de guerre », pour l’écrivain algérien Kateb Yacine. Ils ont ainsi évité les rancœurs entre communautés ethniques, mais ne se sont pas toujours donné les moyens de leur politique. Dans son édition du 3 janvier, le quotidien sénégalais Wal Fadjiri déplore « le défaut d’éloquence » en langue française du ministre de la Santé, le Docteur Issa Mbaye Samb, durant le vote du budget 2004.
Double alphabétisation
Alphabétiser en français l’écrasante majorité des Sénégalais qui parlent mal cette langue, ou s’adresser à chacun d’entre eux dans une langue qu’il maîtrise ? Le Sénégal aimerait faire les deux. Tout en rétablissant l’équilibre avec les langues nationales, longtemps négligées. Selon l’article 1 de la Constitution sénégalaise, « les langues nationales sont le Diola, le Malinké, le Pular, le Sérère, le Soninké, le Wolof, et toute autre langue nationale qui sera codifiée ». Huit langues ont été codifiées depuis l’accession au pouvoir d’Abdoulaye Wade, selon Alassane Ndiaye. Dans un soucis de « rapprocher l’administration des administrés, le chef de l’Etat sénégalais a également demandé l’alphabétisation des fonctionnaires dans la langue de leur circonscription », explique le rédacteur en chef de Wal Fadjiri.
Cette volonté du Président de favoriser les langues vernaculaires a été « concrétisée par l’expérimentation de classes en langues nationales », explique le directeur de l’alphabétisation. De plus en plus, poursuit Jean-Meissa Diop, « éducateurs et pédagogues pensent qu’il faut d’abord apprendre à parler dans sa langue maternelle, afin de maîtriser des concepts, avant d’apprendre le français. » Aujourd’hui, les élèves sénégalais apprennent leur langue natale à partir de sept ans. Le taux d’alphabétisation est de 54%. L’objectif du Sénégal est de scolariser chacun de ses enfants et d’éradiquer l’analphabétisation à l’échéance 2012 », explique Alassane Ndiaye. « Nous devons pour cela tenir compte des conditions propres à notre pays. Mais la priorité est d’abord l’utilisation des langues nationales ».