Stage de relooking pour les chômeurs
Il faut se faire beau pour trouver du boulot
On a beau dire, les chômeurs ne reçoivent pas que des mauvaises nouvelles. Parmi tous les courriers dont on les bombarde ces temps-ci, tous les avis de radiations définitives, d'allocations écourtées, de subsides raccourcies, d'injonctions au travail, d'offres non négociables de CDD de plongeur à mi-temps à la cafèt' du Casino, les pouvoirs publics prennent encore le temps, ici ou là, de glisser une petite confiserie sociale : la proposition de stage. Pour regonfler à bloc le chômeur encalaminé dans sa faignasserie, il n'y a pas mieux. D'abord, parce qu'une proposition de stage, ça ne se refuse pas : si tu la jettes, tu peux dire adieu à tes allocs, et ça, c'est motivant. Ensuite, parce que ça donne l'occasion de devenir quelqu'un de meilleur. Début octobre, un informateur de CQFD s'est ainsi vu proposer le stage « action modulaire d'insertion à visée professionnelle ». Après dix ans de RMI, le sang de Djamel n'a fait qu'un tour. A cinquante ans, il tient enfin sa chance d'intégrer le premier monde. Dispensée à Colombes (92) par le centre Maupassant du GRETA, un machin de formation qui mange dans la gamelle du CLI (contrat local d'insertion), cette promesse d'un avenir radieux s'articule en cinq « modules », dont l'un retient l'attention de Djamel : « relooking, l'image de soi ». Aussitôt il pige le truc : le chômage ayant indiscutablement pour cause un problème de « look », il va lui falloir apprendre à se faire une beauté pour conquérir un fauteuil parmi les classes dynamiques.
Djamel est un sacré veinard. La brochure lui apprend que son « relooking » sera pris en charge par Katia, « créatrice d'une ligne de prêt à porter » qui ne se déplace jamais sans ses « portants de vêtements divers et choisis qu'elle a elle-même créés ». Assistée par une « professionnelle de l'esthétique », Katia va initier notre RMiste aux « notions de savoir-paraître à l'entretien d'embauche ». Faire bonne impression, voilà qui peut te mener loin. Première étape : « essai de différentes tenues en fonction de la personnalité, de la morphologie et du projet professionnel ». L'enjeu est de faire comprendre au chômeur que s'il est grand, il ne doit pas s'habiller petit, et qu'une tenue de livreur de pizza n'est pas appropriée pour un poste de directeur marketing. Second point, la « coordination des couleurs », afin d'apprendre à « les choisir et à les assembler entre elles ». Pour séduire le DRH, veiller à ce que le blouson Emmaüs (celui avec la fermeture éclaire qui ferme pas) soit convenablement assorti avec les écrase-merdes du Secours catholique. Leçon suivante : « la coiffure, essai de changement ou d'amélioration, coupe, couleur... » Cheveux gras ou pellicules, tignasse hirsute ou calvitie à plaques, Katia maîtrise tous les brushings. On enchaîne avec « le maquillage » et l'art d'apporter « un plus par le sourire sans outrance ». L'outrance ! À éviter, surtout si on est outrancièrement chômedu. Mais ce n'est pas le tout de se ripoliner la façade : après, il faut aussi « démaquiller, tonifier, adoucir, nourrir la peau » et surtout, « remédier aux petits problèmes apparents ». Et les gros problèmes pas apparents ? Ah, là, Katia ne sait plus...
Et ça continue comme ça pendant des pages. « Comment placer ses jambes. » « Comment et quand s'asseoir, où poser son sac, son attaché-case. » Djamel a un peu mal à la tête. Pour se changer les idées, il prend l'autre brochure, celle de l'Université communale de Levallois-Perret, qui lui propose de « retrouver un meilleur équilibre » pour « se réadapter aux nécessités de la vie active ». Réfrénant son envie de sortir la Kalach, il survole les feuillets pédagogiques et tombe en arrêt sur le module « équilibre alimentaire » : « comment se nourrir de façon plus équilibrée et à moindre coût ». Ça lui rappelle que ça fait déjà un bon moment qu'il a avalé son dernier merguez-frites. Et là, il éclate d'un rire que Katia trouverait sûrement trop outrancier.
Relooker les chomeurs
- foryoureyesonly
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Relooker les chomeurs
L'héroïsme au quotidien n'est pas dans une attitude défensive mais dans le positionnement tranquille.
- Jacques Salomé
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- Bernadette
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dans la description qui est faite de ces stages, on retrouve les pires clichés, et une constante : celui ou celle qui n'a pas de travail est seul(e) responsable de cette situation. Plus répandu que l'on ne croit.
Adapté et formulé diverssement selon les milieux sociaux, mais tenace.
Confortable sans doute.
dans la description qui est faite de ces stages, on retrouve les pires clichés, et une constante : celui ou celle qui n'a pas de travail est seul(e) responsable de cette situation. Plus répandu que l'on ne croit.
Adapté et formulé diverssement selon les milieux sociaux, mais tenace.
Confortable sans doute.
'Quelle heure est-il, bien à peu près'