Sur les institutions
C'est déjà pas mal pour la France, il y avait 25 pays, et plus le groupe est réduit plus on peut avancer (même si finalement ça n'a pas trop été le cas).
Le "non" fera comprendre que cette méthode nouvelle plus démocratique et plus longue est à abandonner, et donc qu'il vaut mieux que la voix de la France soit simplement comme d'habitude le chef de l'État et le chef du gouvernement.
Le "non" au traité proposé n'est pas donner un avis "non" sur le traité actuel (de Nice) mais le garder au contraire, et espérer au prochain traité avoir des partenaires assez bien disposés avec nous pour que toutes les timides avancées que nous avions pu obtenir soient conservées, même si certains qualifient cela d'illusoire.
La logique du pire. On se croirait dans l'éducation nationale : il faut se dépêcher de dire "oui" à ce qui est seulement mauvais, de peur d'avoir après un projet encore plus mauvais...
... Cela étant, je reconnais qu'il y a une chose de vraie : le "non" ne suffira pas. Il faudra réussi à maintenir la pression pour qu'une éventuelle renégociation se fasse sur d'autres bases, et surtout sur d'autres principes.
Cela me rappelle la position des libéraux de 1815 qui disaient "La charte est une avancée, restons calmes, attendons, Louis XVIII a l'air plutôt progressiste, on aura bientôt des avancées, comme par exemple la fixation par la loi (et non plus par la charte) du cens electoral"...
... Même discours après 1830 d'ailleurs.
Justement c'est le modèle que l'UE essaie de suivre: démographique = Parlement, unitaire = Conseil, adoption des lois par codécision des deux.
Je me suis exprimé sur la codécision. Je maintiens que c'est la chambre basse qui doit avoir prioritairement l'initiative des lois.
Le Conseil n'est pas dans sa forme une instance législative. C'est un peu comme si on demandait aux ministre-présidents allemands de remplacer le Bundesrat, ou aux vingt présidents de régions de remplacer le Sénat, alors que leur pouvoir procède essentiellement de la fonction exécutive. Confusion des pouvoirs une fois de plus.
Or, pour autant que je comprenne le IV-444-3, les parlements nationaux ne peuvent intervenir que sur les actes du Conseil Européens (ce qui est bien le minimum : il s'agit en partie de leurs propres chefs de gouvernements !), qui définit "les grands axes" (c'est vague). Mais pas le processus législatif.
Si (IV, protocole 2 art.7), au niveau de la préparation des projets de loi (par la Commission), ils donnent leur avis sur la "subsidiarité" = si la loi prévoit des décisions au niveau de l'UE sur ce qu'il est aussi efficace de décider au niveau national.
Merci pour l'article (au fait, tu pourrais m'indiquer les articles concernant la capacité d'amendement du Parlement ?)
Certes, mais uniquement dans l'application du principe de subsidiarité. En clair, les parlements nationaux ont le pouvoir de se prononcer uniquement sur ce qui les concerne (ce qui est bien un minimum).
De toute façon, ce droit se réduit à quia dans la suite de l'article, puisque :
A l'issue de ce réexamen, la commission ou le cas échéant, le groupe d'Etat membre, le PE, la cour de Justice, la BCE [puisqu'un projet peut émaner d'eux !] ou la BEI, si le projet d'acte législatif émane d'uex, peut décider soit de maintenir le projet soit de la modifier, soit de le retirer. Cette décision doit être motivée
Je suis con ? Ou bien je comprends que les instances interpellées par les parlements nationaux peuvent in fine passer outre cette interpellation ?
Ce pouvoir s'apparente à celui que possède notre président français de demander au parlement un second vote. C'est un pouvoir d'influence. Mais le parlement n'est pas pour autant soumis au président, ce n'est pas un droit de veto.
Lequel droit d'ailleurs très peu utilisé, je n'ai pas souvenir qu'on en ait jamais fait usage dans l'histoire de la Ve ?
Débats annexes
Tandis que maintenant on comprend tout, on a eu tellement d'informations européennes tous les jours que la plupart des gens ici est plus au courant que les experts dans les autres pays

Je te sens sarcastique.
Pourquoi le débat européen devrait-il être réservé aux experts ? Quelle géniocratie nous prépare-t-on là ?
Oui : on a jamais eu autant d'informations sur l'Europe. Pas toujours de bonnes qualités, certes. Détournées par les tenants de l'un ou l'autre groupe, incontestablement. Mais c'est le naturel de la politique, il faut l'admettre. C'est en tout cas largement meilleur que ce qui a précédé.
Il doit y avoir des experts dans une structure politique : ce sont les ministres, le conseil d'Etat, le conseil economique et social, et l'ensemble des hauts-fonctionnaires, etc.
Mais ces "princes" doivent être immédiatement subordonnés au "souverain", en terme philosophique. En clair : les tenants d'un pouvoir de compétence doivent être subordonnés à la représentation nationale (les ministres vis à vis du parlement), ou directement au suffrage universel (le président face aux Français). Ou alors, leur pouvoir doit relever du contrôle, et flirter de ce fait avec le judiciaire (conseil d'Etat) - et offrir, par leur nomination, des garanties d'indépendance.
Je ne suis pas immergé dans le climat politique français, je vois simplement quelques images dans les JT de TV5, et je suis assez surpris de voir Besancenot et Le Pen faire campagne côte à côte et rassembler une majorité d'électeurs dans les sondages. Question rupture avec l'élite c'est sûr qu'on ne peut pas faire mieux...
J'avais une meilleure opinion de TV5 !
Pour ce qui est du point de vue "politicien" et de son traitement par les médias, je ne donnerai qu'un exemple :
J'ai assisté à un meeting, organisé par une unité locale du "collectif des 500", auto-constitué et un peu fourre-tout. Pas par le PS, ni par la LCR.
En guest-stars, il y avait effectivement M. Mélanchon (PS "non"), Mme Vachetta (LCR). Et aussi un vert belge dont j'ai oublié le nom. Plus un sénateur communiste.
Mais en face d'eux quatre, il y avait à la tribune une dizaines d'associatifs, syndicalistes et autres groupes informels, qui ne relevaient pas des groupes politiques. Sans parler des messages lus (syndicats allemands, attac italien, etC.). Mélanchon et Vachetta ont parlé, oui, mais pas plus que les autres.
Qu'est-ce que cela donne dans la presse ?
"Le NPS et la LCR font un meeting commun".
C'est une perversion du débat publique de croire que la politique se résume à des alliances de parti et à leurs positions respectives, dont on veut croire qu'ils sont toujours monolithiques (et que s'ils se divisent, c'est forcément que des querelles de personne et d'ambition).
Précision : quand je parlais de "rupture avec les élites", je voulais dire "les élites dirigeants les partis socio-démocrate actuellement". Si vous préférez "les bureaux politiques de ces partis"...
... Je suis en désaccord avec la position officielle du PS, ou les orientations "officielles" du SPD ou du Labour. Mais tous ses militants, et moins encore tous ses électeurs ne sont pas forcément en accord avec eux.
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Comme nous sommes entre gens intelligents, je ne réponds pas à l'éternel argument (que personne ne m'a encore opposé, merci) "vous votez avec l'extrême droite".
... pour laisser place à une sorte de lutte des classes

Tant il est évident que dans une société moderne, les patrons et les employés s'aiment d'une amour pure et éternelle...
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Je ne suis pas précisément un obsédé de la lutte des classes, et je ne prétends pas qu'elle soit le moteur de l'histoire. Mais faut-il ces 448 fichus articles pour qu'on se souvienne que les individus n'ont pas tous les mêmes intérêts, mais que c'est toute l'essence de la démocratie - et sa difficulté - que de les gérer ?
La démocratie naît de l'opposition, de la contestation, du ramenage de gueule. Qu'il soit symboliquement violent comme chez ces petits excités de Gaulois, ou plus soft et consensualisé selon la tradition germanique et nordique. C'est la même chose.
Une des raisons du mésamour des Français pour l'Europe vient peut-être, c'est vrai, de ce qu'ils ne comprennent pas le consensualisme germanique dont se réclament, finalement, les leaders des institutions européennes. (l'inverse est vrai, même hors contexte européen : je me souviens d'un long article du Temps de Genève expliquant la politique française si incompréhensible aux yeux des Helvètes).
Mais il y a quand même une différence : un gouvernement allemand peut être formé d'une coalition regroupant SPD et CDU, ce qui est impensable en France. Donc sans opposition "systémique" au sein du Bundestag. Mais pour autant, le chancelier proviendra du parti majoritaire, et devra donner des gages à l'opposition, qui ne cesse pas d'exister. Alors que l'opposition n'existe pas au parlement européen, sauf l'opposition radicalement eurosceptique, sans pouvoir face à la machine PSE/PPE.