
Il y a deux grandes différences par rapport au bac de français tel que nous l'avons passé toi et moi (en 1998 si je ne me trompe) :
- Les sujets eux-mêmes : nous avions trois types de sujets totalement distincts (ou argumentation ou commentaire composé ou dissertation), actuellement il y a un support qui est le même pour tout le monde (un ensemble de textes (voire de documents autres) relatifs à une des notions au programme, et à partir de ces documents les trois exercices au choix, dont le très discuté (et à mon avis très difficile) sujet "d'écriture libre".
- De notre temps

, il y avait un programme national d'oeuvres modifiées tous les ans (trois en L :
Confessions de Rousseau,
Electre de Giraudoux et
Fables de La Fontaine dans notre cas

2 en S et ES je crois), auxquelles le prof rajoutait une ou deux oeuvres intégrales d'une part, et des "groupements de texte" sur les sujets qu'il voulait (mais avec quelques bornes).
Actuellement, il n'y a plus de programme d'oeuvre, uniquement un programme de notions, jusqu'à 7 en L et moins ailleurs (dont "le biographique"), pouvant être selon le cas appuyé sur une oeuvre ou sur un corpus de textes ou les deux.
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Donc, quand tu as passé le bac, Les Confessions étaient une oeuvre imposée nationalement pour l'année, et la perspective d'étude sur "le biographique" n'était que la mise en oeuvre personnelle (mais en l'occurence, inévitable) de la part de ton prof.
Pour ton frère... C'est le contraire
! "Le biographique" est un sujet national (reconduit tous les ans), Les Confessions sont le choix opéré par son prof pour illustrer le thème. C'est donc un pur hasard. Le fait qu'il faille étudier six autres notions expliquele choix des deux premiers livres seulement.
Cela étant, des oeuvres illustrant "le biographique", y'en a pas trente-six mille, étant entendu que Montaigne, c'est généralement trop compliqué, et Leiris trop sexuel (encore que Rousseau !) - c'est un "classique" de la littérature de lycée. Et puis son prof a peut-être notre âge et "recycle" ses propres travaux
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Pour Sarraute et Nothomb, je présume qu'il s'agit des "documents complémentaires" (pas l'oeuvre en entier ?) toujours sur la même notion (pour "le biographique", c'est : une oeuvre complète + des compléments). Là encore, c'est le choix du prof.
Sarraute n'a franchement rien de surprenant. Elle était déjà dans les manuels de littérature de mon temps, et elle faisait déjà l'objet d'une large critique universitaire. Sauf qu'entre-temps, elle est morte

; c'est un choix exigeant, je trouve : ton frère doit être dans une bonne classe.

Nothomb c'est effectivement plus surprenant

. De toute façon, il s'agit effectivement du choix du prof.
"Théologiquement" parlant, je ne vois rien dans les textes qui l'interdise. Les programmes disent en gros :
- Tous les siècles du Moyen-Âge au XXe, mais surtout XIXe-XXe (en gros : en français accessible) en seconde, et les siècles précédents (XVIe et surtout XVIIe-XVIIIe) en première.
- Privilège donné à la littérature française et francophone, laquelle est "mise en perspective" avec les mouvements européens en première.
Pour l'instant, la seule exclusive, c'est le XXIe siècle !
Métaphysique des tubes date de... 2000 ! Donc c'est encore le XXe !
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Cela dit, non, il n'y a aucune tendance dans les élites de l'EN vers la "modernisation" du choix des oeuvres au lycée (au collège, oui). Ce serait même plutôt vaguement le contraire, un peu retour aux sources. C'est donc bien l'initiative d'un prof...
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A vrai dire, j'ai cent doutes trente-et-six-mille reproches à faire aux programmes de lycée, mais pas celui-là. Il n'a rien de particulièrement archaïsant, au contraire : le XXe siècle y est depuis très longtemps intégré. Trop même à mon avis : le XVIIe et le XVIIIe ont énormément reculé, le XXe est surreprésenté. C'est vrai qu'en deçà du XIXe, il y a la barrière de la langue. Cela étant, faire Duras ou Butor, est-ce vraiment plus facile ?
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Je ne hurlerai cependant pas au choix d'Amélie Nothomb (les vrais réacs le feront par principes, et d'autres plus intelligement). Quoi qu'on pense du "personnage", elle écrit fort bien, son écriture présente une certaine spécificité narrative, et au fond... c'est assez facile à commenter (peut-être trop : ses "ficelles" sont un peu grosses - mais justement, pour des lycéens, parfait). Pour illustrer le biographique et la notion "d'autofiction", pourquoi pas.
... Reste à savoir ce qu'en dirait l'inspecteur... Personnellement, je ne prendrais pas le risque car je ne suis pas téméraire. Mais du pur point de vue pédagique, pourquoi pas.
À titre indicatif, de mon temps les manuels s'arrêtaient à Marguerite Duras (qui venait de mourir) et à Claude Roy et Lévi-Strauss (toujours en vie). Depuis, quelques-uns ont fait leur entrée : Bernard-Marie Koltès par exemple.
La plupart des occasions des troubles du monde sont grammairiennes (Montaigne, II.12)