Voici le compte-rendu d’un débat italien sur les émeutes en France :
Le candidat de l’opposition aux élections de 2006 en Italie, Romano Prodi, a saisi l’occasion des évènements de Paris pour soulever la question de la dégradation des banlieues de certaines villes italiennes.
Le ministre de l’Intérieur Pisanu a répliqué que le problème ne représente pas une source majeure d’insécurité pour le pays, les préoccupations prioritaires étant toujours le terrorisme, la criminalité organisée et l’immigration clandestine.
Hier soir a « Porta a Porta », une tribune politique qui passe sur Raiuno, des membre du gouvernement et de l’opposition ont été appelés à commenter ces déclarations. Étaient présent le ministre des relations avec le Parlement, Monsieur Giovannardi, le sous-secrétaire aux affaires intérieures, le président du groupe parlementaire de Rifondazione Comunista et un parlementaire de la Margherita (parti de centre-gauche). On a entendu aussi le maire de Gênes, le maire adjoint de Milan et un journaliste du « Corriere della Sera », spécialisé en psychologie du monde arabe (je suis désolé de ne pas avoir noté les noms). Titre du débat : « Paris brûle. Et nous ? »
M. Giovannardi ne pense pas que l’Italie soit en danger à présent, toutefois on ne peut pas exclure que la situation empire dans un futur plus ou moins proche. D’après le ministre la principale menace vient du mauvais « choix » des immigrés admis sur le sol national. Dans son discours l’immigration est envisagée comme du recrutement. Pour éclaircir son point de vue il cite le cardinal Biffi, dont la note pastorale de 2000 sur l’immigration avait fait l’objet d’une âpre polémique : « Les critères d’admission des immigrants ne peuvent pas être seulement d’ordre économique et social (…). Il faut que la sauvegarde de l’identité de sa propre nation demeure une préoccupation constante. (…) En vue d’une cohabitation pacifique et fructueuse, voire d’une possible et souhaitable intégration, le point de départ n’est pas le même pour chacun des nouveaux arrivés. » D’après le cardinal les immigrants de foi chrétienne seraient mieux adaptés à s’intégrer au tissu de la nation italienne, alors que les immigrants musulmans n’attendraient que d’être prépondérants, pour imposer leur culture. Le ministre Giovannardi soutient que pour prévenir des épisodes comme ceux de Paris il faudra suivre les recommandations du cardinal.
Les deux invités de l’opposition n’ont pas commenté les mots de Biffi, Ils ont toutefois souligné que la note pastorale ne pouvait en rien éclaircir l’interprétation de l’actualité parisienne et française, dans la mesure où les émeutiers sont généralement issus de la deuxième génération d’immigrants, alors que le cardinal parle de nouveaux arrivés. La situation en Italie seraient différente, pour deux raisons au moins : la misère et la pauvreté sont transversales, il n’y a guère de points où ils soient aussi concentrés comme dans certains quartiers français ; qui plus est, l’histoire de l’immigration en Italie est beaucoup plus brève qu’en France, ainsi il n’y a pas ou presque de « deuxièmes générations ». Les italiens dans les banlieues dégradées sont aussi touchés par le malaise que beaucoup d’immigrés. Nombre de fondations catholiques présentes sur le terrain, dont la Caritas, invitent les politiques à se concentrer sur le problème, tant qu’il est encore temps. Le maire de Gênes confirme les dires de la Caritas et ajoute que la tâche est au dessus de moyens financiers des administrations communales, dont le budget a subi de nombreux rajustement (à la baisse).
Le journaliste du « Corriere » rappelle enfin que la situation française est très originale. Elle le produit direct du passé colonial du pays. Le fait que le Premier ministre de Villepin autorise les préfets à appliquer le couvre-feu nous ramène symboliquement aux temps de la guerre d’Algérie. En revanche les faits de Paris et province dénoncent un problème qui concerne toute l’Europe, y compris l’Europe de l’Est, ainsi que les États-Unis : la ville ne produit plus de société ; l’urbanisme fonctionnel est né pour répondre aux besoins de l’économie industrielle et, face à la tertiarisation des économies occidentales, il n’est plus adapté à répondre aux besoins actuels. Il faut à tout prix repenser la ville.
[Pour lire les déclarations du cardinal Biffi en entier, il est possible de consulter le site suivant :
http://digilander.libero.it/elam/csp/in ... /biffi.htm]
Wir brauchen keinen Appetit, wir haben den Hunger. (Bertolt Brecht)