Pour répondre à Ann (

à qui je n'en veux pas une seconde, bien évidemment), à ma connaissance, il existe trois formes d'internement :
-l'hospitalisation libre : le malade demande à être soigné, c'est en gros comme d'aller à l'hôpital soi-même, ou sur conseil de son médecin. On entre quand on veut et on sort quand on veut.
-l'hospitalisation à la demande d'un tiers (HDT), qui doit comporter deux certificats médicaux (un de l'hôpital psychiatrique, et un externe) plus la demande du tiers. Mais le problème, que tu soulignes, c'est le "cas d'urgence" où un seul certificat médical suffit.
- l'hospitalisation d'office (HO), dont il est question ici (autant que je sache, c'est bien son nom légal), décidé par le préfet si le patient représente une menance. En théorie, il faut un certificat médical (mais un seul !), et là encore le "cas d'urgence" ne nécessite qu'un seul "avis" médical (donc pas d'analyse).
Tel est du moins l'état légal (loi de 90 je crois) que je connais, mais peut-être a-t-il changé depuis.
Le grand problème, c'est que ces frontières légales (déjà bien faibles en cas d'urgence) sont poreuses, et il n'est pas rare qu'une hospitalisation volontaire soit transformée en HDT. Quand à l'HO, bien qu'elle soit de fait une mesure de police (assurer l'ordre public), elle échappe grandement au régime judiciaire.
C'est plus ou moins ce qui est arrivé à un de mes amis, qui a consulté un psychologue-psychiâtre pour une dépression, lequel l'a collé en HP avec en théorie son consentement (le consentement d'un dépressif...

), sauf que l'internement a été enregistrée comme HDT.
Si la personne est bien entourée, si sa famille se préocuppe d'elle, etc., les verrous légaux fonctionnent - c'est ce qui s'est passé ; on peut espérer que ce sera le cas pour Vincent G., dont l'affaire a été médiatisée et judiciarisée de fait. Mais si la personne est abandonnée par sa famille, voire si elle est victime d'une caballe (dans les affaires de divorces par exemples), on peut arriver très très vite à un enfer kafkaïen. Car, une fois entré dans HP, on est fou. Donc toute déclaration est irrationnelle (le célèbre paradoxe de Tintin dans les Cigares du Pharaon : il conduit un fou à l'asile, mais c'est lui qu'on enferme, car la lettre dit qu'il est fou et plus il dit qu'il n'est pas fou, et plus il sera clair qu'il est fou).
Pour Svernoux : je l'ai dit moi-même, je suis mal à l'aise, et je ne dis pas que la décision du préfet ne se justifie pas au regard du massacre. Ce sur quoi je m'interroge, c'est sur la possibilité d'encadrer légalement cette décision par nature arbitraire. Les préfets changent tous les deux ans en moyenne ; rien ne dit que le suivant se souviendra de cette affaire, ou que l'affaire sera suivie par aucune autre autorité. Vincent peut être "oublié" au fond d'un asile, et devenir fou pour de bon.
Du point de vue légal, il n'était pas responsable au moment de ses actes. Donc le crime n'est pas condamnable juridiquement - c'est monstrueux à écrire, je le sais, mais c'est un fait
juridique. Donc, s'il doit être enfermé, c'est n'est
pas en punition de cette assassinat. Donc, oui, du point de vue jurique, on "peut" tuer quelqu'un et ne rien risquer. On peut trouver cela choquant, mais cela est aussi nécessaire, c'est un point essentiel de droit, pour ne pas dire de philosophie politique : on juge un individu à ses actes, mais également à la manière de cet acte et à la conscience qu'il a de cet acte.
En revanche, la société a obligation de retirer de l'espace public un individu qui peut être dangereux. Mais il faut prouver qu'il y a un risque, et je ne crois pas, au vu de ce que j'ai lu et entendu sur cette affaire, que Vincent G. soit assimilable à un psycopathe.
Et surtout et en théorie, la société doit prendre en charge le soin. L'internement n'étant, au fond, que la condition de possibilité du soin.
... Et c'est là que malgré Ann, j'ai très peur. Parce que dans les HP tels que je les ai vus,
on ne soigne pas. Qu'on m'explique comment on peut soigner qui que ce soit quand on met dans une même unité, voire dans une même chambre l'ado qui a fait une pseudo-tentative de suicide à l'aspirine, le vieillard alzheimeré qui se fait sur lui, l'adulte autiste et le schizo violent ? Quand un médecin passe tous les trois jours environ, et qu'on assomme plus ou moins tout le monde à coup de calmants.
(Cela étant, je ne prétends pas avoir vu toutes les formes d'HP possibles. Ce à quoi je fais référence dans le dernier cas, c'est en fait une unité psy au sein d'un hôpital public, ce qui en théorie est différent. Sauf qu'au vu des pathologies qui y sont représentées, c'est exactement la même chose).